Ce 3 avril 2019 fera date. Au terme d’un match invraisemblable à tous les niveaux, les Grenat se sont imposés 2-0 face au rival lausannois et prennent par conséquent 13 points d’avance au championnat. 

 

Quelle drôle d’histoire qu’entretient Servette avec le Stade olympique de la Pontaise depuis 20 ans. L’antre du Lausanne-Sport a par trois fois été le juge de paix d’une saison, l’endroit accueillant le match couperet, celui qui transcende ou paralyse. Le 2 juin 1999, c’est ici que Servette est allé chercher son dernier titre de champion après une victoire 5-2 sous la pluie battante. Le 29 mai 2013, c’est au même endroit que les Grenat furent relégués sportivement pour la première fois de leur histoire après une humiliante défaite 3-0. Ce mercredi, l’enjeu était simple : une victoire et Servette s’échappait en tête du classement.

 

Tribune chaude, pelouse froide 

 

La victoire 5-2 vendredi dernier face à Winterthour conjuguée au match nul de Lausanne contre Chiasso n’a fait qu’accentuer l’engouement autour de cette partie. Les Genevois s’étaient déplacés en nombre, bien conscients de l’importance de la rencontre. 10’500 spectateurs sont venus garnir les travées dont une bonne partie de supporters servettiens présents dans le secteur visiteur. L’atmosphère de ce match prit même une autre dimension lorsque la neige commença à tomber sur la Pontaise quelques minutes avant le coup d’envoi. Tous les ingrédients étaient donc présents pour vivre un derby hors du commun. 

 

Belle communion entre Servette et son public (© Bastien Gallay)

 

C’est Lausanne qui débuta le mieux la rencontre en se montrant remuant dès les premières minutes de jeu. On sentait les vaudois investis d’une mission, celle d’enflammer le match pour se rendre les débats plus faciles. Servette réussit plutôt bien à résister aux offensives des « bleus » et rétablit un équilibre. Alors que le terrain de jeu devient de moins en moins pratiquable, Puertas se crée la première grosse occasion de ce match pour le LS, un tir du pied droit que Frick peut dévier en corner. 

 

Nganga condamne Lausanne

 

Dans ce genre de rencontre où les conditions de jeu sont très difficiles, chaque erreur se paye cash et l’équipe qui ouvre le score possède un gros avantage. Ces deux maximes vont être parfaitement vérifiées dans cette fameuse 26e minute, tournant du match. Igor Nganga s’emmêle les pinceaux près de son but et perd le cuir face au bon pressing de Stevanovic, le numéro 9 servettien le récupère et attend intelligement pour servir Koro Kone qui n’a plus qu’à pousser le ballon au fond des filets. C’est sûrement le but le plus facile de la carrière de l’Ivoirien mais il n’empêche que Servette ouvre la marque et que Lausanne ne s’en relèvera jamais. 

 

Steve Rouiller a été l’un des artisans du succès Grenat (© Bastien Gallay)

 

Les locaux essayeront en fin de première mi-temps de mettre un peu plus d’intensité, de déstabiliser les défenseurs grenat mais sans réussite. Servette se sentait déjà fort avec cette rencontre, il se sent maintenant presque invisible., preuve en est un but annulé pour les Vaudois pour une faute de main peu évidente. L’avantage est à la fois numérique et mental, en regagnant les vestiaires les hommes d’Alain Geiger savent qu’ils ont peut-être fait le plus dur dans ce derby.

 

Un bonheur fou

 

Alors qu’une bonne dizaine de travailleurs s’appliquaient à déblayer les lignes ainsi que les surfaces de réparation pour simplement pouvoir les aperçevoir sous la neige fraichement tombée, la deuxième période commençait avec un petit retard dans des conditions encore plus dantesques que la première. Lors de ce second acte, le terme football ne correspond même plus au type de « spectacle » pratiqué sur la piste de ski de fond de la Pontaise : les deux équipes n’arrivent pas à faire trois passes de suite et les cafouillages sont légions. 

 

Stevanovic a réalisé deux assists (© Bastien Gallay)

 

C’est Schalk le premier à se mettre en évidence, il lui manque quelques centimètres pour reprendre de volée un centre parfait de Maccoppi (58e). Face aux incursions lausannoises, Servette a également pu compter sur un Jérémy Frick très solide : il fut impérial face à Buess à la 71e minute alors que le numéro 92 s’était retrouvé tout seul dans la surface. Comme un signe, quelques minutes après Servette faisait le break. L’infatiguable Stevanovic allait de nouveau gratter un ballon dans les pieds de Zeqiri puis centrait au deuxième poteau, là c’est le jeune Imeri qui surgit et reprit de volée l’offrande du serbe. Le kop genevois explosa, les joueurs Servettiens se mélêrent à la fête avec les supporters et tout le monde comprit que Servette avait match gagné.

 

Le LS n’avait ni les armes, ni la tête pour remonter un retard de deux buts malgré quelques opportunités mineures dans les dernières minutes. Servette l’a fait et on ne peut que féliciter l’ensemble des joueurs et du staff qui ont totalement mérité cette victoire. Avec 13 points d’avance et 9 matchs à jouer, la promotion n’est pas mathématiquement atteinte mais les Grenat ont devant eux un boulevard pour atteindre la Super League et on ne peut que s’en réjouir. 

 


 

Si l’on ne devait retenir qu’une chose…

 

Positive

 

Difficile de choisir un sujet en particulier sur cette soirée tant elle nous a plu. De manière générale, les émotions procurées. Servette a su dans ce match haut en couleur en donner beaucoup d’un coup à ces supporters alors que les dernières saisons nous avaient plus habitué à des désillusions. Le fait de remporter un derby avec un tel enjeu, à l’extérieur et en pouvant bénéficer d’une ferveur populaire extraordinaire rajoute à ce match un caractère spécial. On pourra dire fièrement qu’on était à la Pontaise en ce mercredi neigeux de début avril. 

 

A améliorer

 

Là aussi, dur de tirer du négatif de cette partie. Le mauvais point s’adresse plutôt aux arbitres : leur gestion du match peut être critiquable. Les conditions de jeu n’étaient absolument pas réunies pour pouvoir jouer un match de cette importance et un report de la rencontre n’aurait pas été un scandale à proprement parler. On ne vas pas trop se plaindre du sort de ce match car il nous sourit mais les deux équipes ainsi que les spectateurs peuvent se sentir laisées par l’absence de football qui a été présentée ce mercredi. 

 


 

Réaction d’après-match

 

Koro Kone

 


 

Lausanne – Servette 0-2 (0-1)

La Pontaise, 10 545 spectateurs.

Arbitre: M. Tschudi.

Buts: 26e Kone 0-1; 74e Imeri 0-2.

Lausanne: Castella; Boranijasevic (54e Pos), Loosli, Nganga, Flo; Kukurusovic; Puertas, Dominguez (62e Margiotta), Pasche (46e Ndoye); Buess, Oliveira (72e Zeqiri). Coach : Contini.

Servette: Frick; Sauthier, Routis, Rouiller, Iapichino; Maccoppi; Stevanovic, Wüthrich (69e Imeri), Cognat (90e Follonier); Kone (76e Chagas), Schalk (78e Mfuyi). Coach : Geiger.

Avertissements: 23e Pasche (antijeu), 78e Iapichino (antijeu), 84e Chagas (jeu dur).

Notes : Lausanne sans Geissmann, Silva, Koura, Nanizayamo et Cabral (blessés). Servette sans Lang, Alphonse, Antunes (blessés), Busset (convalescent), Sarr (étranger surnuméraire) et Duah (non-convoqué).