Le Kleinfeld n’a ouvert ses portes que depuis quelques mois, mais Servette s’y est déjà imposé deux fois. Mieux, comme en octobre dernier, cette victoire nette 0-3 pourrait bien servir de déclic pour les Grenat.

 

Après un match nul décevant à domicile contre Wil et cette défaite surprenante à Chiasso il y a deux semaines, le SFC devait de se reprendre et le déplacement de Kriens tombait à pic: un adversaire qui peinait à s’imposer dans son nouveau stade et qui était avant tout le club ferme du FC Lucerne, un terrain synthétique de dernière génération qui permettait une bonne pratique du football et des conditions climatiques excellentes pour un mois de février. Tout semblait donc réuni pour assister au réveil du leader de Challenge League.

 

Avec un onze de base remanié

 

La crainte principale d’Alain Geiger n’était d’ailleurs pas tant dirigée envers l’équipe de Suisse centrale mais bien envers son propre effectif. En effet, aux forfaits de longue date de Lang et Busset venaient s’ajouter les légères blessures de Kone et Alphonse (qui auraient peut-être été alignés sur une pelouse naturelle et sans la perspective d’un duel autrement plus important une semaine plus tard au Brügglifeld). De plus, Steve Rouiller, le patron de la brigade défensive servettienne était également contraint de manquer ses premières minutes de la saison après avoir écopé d’un quatrième avertissement le week-end dernier.

 

C’est ainsi que l’entraîneur valaisan décida de brasser ses cartes en alignant ses joueurs en 4-4-1-1 avec un milieu à plat composé de Iapichino à gauche et du duo Cognat-Maccoppi dans l’axe, tandis que Sally Sarr remplaçait Rouiller en défense centrale. Des choix assurément intéressants qu’il dût rapidement revoir puisqu’après moins de dix minutes de jeu, Séverin se claquait la cuisse sur une intervention défensive. Résultat des courses, le nouvel entrant Daniel Follonier héritait du poste de milieu gauche et Iapichino reculait d’un cran.

 

Le calme et le coup de tonnerre

 

Une nouvelle tactique, un adversaire arcbouté en défense et des changements imprévus, il n’en fallut pas plus pour déstabiliser un Servette déjà en manque de rythme et de confiance ces dernières semaines. La première mi-temps se déroula ainsi sur un tempo plutôt mesuré, les Genevois maitrisant largement le ballon sans réussir à en faire bon usage malgré quelques centres intéressants de Follonier notamment, tandis que Kriens tentait crânement sa chance dès qu’elle se présentait par l’intermédiaire d’Urtic et de ses attaquants Siegrist et Chihadeh. Mais si l’on vit souvent le premier nommé sur son aile, ce fut aussi parce que le flanc gauche servettien mit longtemps à trouver ses marques, les joueurs profitant du moindre arrêt de jeu pour discuter entre eux et s’enquérir des ajustements de leurs leaders.

 

Après un deuxième quart de match d’une qualité et d’une intensité assez moyennes, on assista même à quelques minutes d’une parodie de football de la part des deux équipes. Ces 180 secondes eurent le mérite de réveiller les visiteurs, ceux-ci réalisant soudain qu’ils ne pouvaient se permettre de présenter une telle prestation avec leurs ambitions de promotion. Ils décidèrent soudain d’augmenter la pression avant la mi-temps et l’ouverture du score tomba comme un fruit mûr dans le temps additionnel sur une frappe somptueuse d’un Dennis Iappichino à la fois opportuniste et rageur en la circonstance. A 0-1 à la pause, les Grenat pouvaient s’estimer heureux: non pas qu’ils n’aient pas mérité de mener au score, loin de là, mais sans ce coup de génie et un peu de réussite, un retour au vestiaire sur un score nul et vierge semblait à la fois logique et inéluctable.

 

Libérés, délivrés…

 

Le thé fit un bien fou aux Servettiens. Sans doute portés par cet avantage au score, ils retrouvèrent petit-à-petit la jouerie et les idées qui les avaient accompagnés tout au long de l’automne. C’est ainsi qu’après une superbe parade de Jérémy Frick sur un tir dangereux de Dzonlagic, les Grenat apportèrent le danger devant Enzler. Sur une touche de Sauthier, Schalk venait intelligemment chercher le ballon. Quelques instants plus tard, le Néerlandais récupérait celui-ci grâce à un bon travail préparatoire de Cognat (omniprésent dans ce match). Le numéro 13 se mit en position de frappe et déposa un petit bijou dans les filets du portier lucernois. L’instinct du buteur et la confiance emmagasinée depuis quelques semaines par l’attaquant de poche Grenat sonnaient comme une évidence sur cette action. 0-2 a l’heure de jeu, les Genevois pouvaient commencer à entrevoir une issue positive à cette rencontre.

 

A peine une dizaine de minutes plus tard, le collectif servettien démontra qu’il avait bel et bien retrouvé ses automatismes. Sally Sarr adressa une excellente relance en direction de Schalk. Celui-ci dévia le ballon pour Stevanovic qui s’emmena le cuir en profondeur. Il trouva ensuite Cognat aux cinq mètres. Le Français n’eut pour ainsi dire plus qu’à le pousser au fond des filets pour inscrire sa première réussite en Suisse. A voir la réaction de toute l’équipe (Frick traversa même le terrain pour venir féliciter le buteur), ce but était attendu. Il vint aussi récompenser une prestation taille patron d’un joueur qui s’impose jour après jour comme l’un des meilleurs joueurs de Challenge League.

 

Une fin de match tranquille mais pas sans danger

 

Dès ce moment-là, la partie baissa en intensité, Servette ayant à la fois une large avance au score et la maitrise du ballon. On vit tout de même Dzonlagic, très remuant depuis son entrée à la pause, inquiéter à plusieurs reprise la défense genevoise. Quant à Jérémy Frick, son après-midi fut plutôt calme, même s’il passa non loin de commettre une grosse bourde en fin de match lorsqu’il intervint en dehors de sa surface dans une zone que Sarr (très bon tout au long de la partie) et Cognat couvraient pourtant sans risque. Heureusement, plus de peur que de mal pour le portier servettien qui réussit à sauver la mise pour s’assurer un troisième blanchissage en 2019, le deuxième consécutif. Une victoire solide des Grenat donc dans un match qui devrait rester comme l’un des tournants de cette saison: Servette est de retour aux affaires et retrouve plus que jamais son costume de favori à la promotion!

 


 

Si l’on ne devait retenir qu’une seule chose…

 

Positive

 

Le match de Cognat. Le milieu de terrain français s’affirme de plus en plus dans le jeu servettien. Replacé dans l’axe avec un Maccoppi qui le couvrait à merveille, il a pu laisser libre cours à sa créativité et à son sens du jeu. Auteur (enfin) de sa première réalisation de la saison, ce match lui a permis de franchir un pallier. Tant mieux pour lui et pour Servette.

 

A améliorer

 

La concentration en fin de match. Soyons honnêtes, il était difficile de sortir un point spécifique pour remplir cette section. On notera donc la récurrence des petits oublis lorsque la partie est gagnée. Ce fut déjà régulièrement le cas pendant l’automne, Servette concède souvent des occasions dangereuses dans les dernières minutes parce qu’il oublie d’assurer ses ultimes ballons. Rien de bien grave pour l’instant, mais on peut imaginer qu’Alain Geiger n’y est pas insensible non plus.

 


 

Réaction d’après-match : Alain Geiger

 

 


 

SC Kriens – Servette FC 0-3 (0-1)

Kleinfeld, 1’300 spectateurs.

Arbitre : M. Wolfensberger.

Buts : 45+1′ Iapichino (0-2), 60′ Schalk (0-2), 69′ Cognat (0-3).

Kriens : Enzler; Fäh (46′ Dzonlagic), Elvedi, Berisha; Sadrijaj; Urtic, Wiget (C) (79′ Cirelli), Selmani (54′ Sukacev), Costa; Siegrist (69′ Rüedi), Chihadeh. Coach: Berner.

Servette : Frick; Sauthier (C), Sarr, Routis, Séverin (8′ Follonier); Stevanovic (90′ Duah), Maccoppi, Cognat, Iapichino; Wüthrich (76′ Imeri); Schalk (70′ Chagas). Coach: Geiger.

Avertissements : 53′ Wüthrich, 78′ Elvedi, 90+2′ Frick.

Notes : Kriens sans Fanger (raisons personnelles), Kleiner, Bürgisser, Ulrich, Hasanaj, Seferagic (non-convoqués). Servette sans Rouiller (suspendu), Lang, Alphonse, Kone, Busset (blessés) et Antunes (non-convoqué).