La Pontaise a eu le droit à derby tendu, enlevé et haletant mais sans vainqueur. Si les visiteurs ont longtemps mené au score, Servettiens et Lausannois se séparent au final sur un match nul 1-1 qui ne lèse personne.

 

Il flottait comme un air de LNA hier dans la capitale olympique. Des supporters visiteurs bruyants et venus en masse, un stade largement garni, deux grands noms du football suisse (24 titres cumulés) et une tension ambiante perceptible bien avant le coup d’envoi de cette partie: tels étaient les ingrédients rassemblés en ce 8 décembre 2018 qui nous a parfois transporté au moins vingt ans en arrière. Ajoutez à cela une importance sportive cruciale, Lausanne ne pouvant se permettre de perdre cette rencontre sous peine de devoir revoir ses objectifs de promotion directe à la baisse car, avec dix points de retard sur le leader Grenat, il aurait fallu un sacré retournement de situation pour pouvoir lui repasser devant.

 

Pour ce match, Alain Geiger avait décidé d’effectuer quelques choix forts puisque Cespedes réintégrait le onze de base après sa suspension en lieu et place d’Imeri, qui retrouvait le banc après deux titularisations consécutives. Mais la véritable surprise se situait au niveau de la ligne d’attaque puisque Schalk, pourtant auteur de quatre buts sur ses trois derniers matchs, débutait le match sur le banc pour faire de la place au revenant Koro Kone, titularisé pour la première fois depuis le 31 août et le premier affrontement entre les deux équipes. Côté Lausannois, on misait sur la stabilité puisque Contini reconduisait les mêmes titulaires invaincus lors de leurs deux dernières sorties. Une stabilité qui a assurément pesé sur la physionomie du début de match.

 

On l’a dit, les Vaudois n’avaient pas le droit de perdre cette partie. Ils l’ont dès lors attaquée le couteau entre les dents en exerçant une pression de tous les instants pour tenter de prendre rapidement les devants. Sans un Jérémy Frick très à son affaire et un peu de maladresse des locaux, il y a fort à parier que ceux-ci auraient bel et bien ouvert le score. Mais après vingt minutes totalement à leur avantage (on notera toutefois l’immense occasion de Wüthrich, parti seul affronter Castella mais repris au dernier moment par Nganga), ils laissèrent petit-à-petit leurs adversaires entrer dans le match.

 

C’est tout d’abord Alphonse qui testa les réflexes de Castella. Sans doute inspiré par son homologue, il se détendit bien et démontra qu’il était prêt à subir les assauts des Grenat. Des assauts qui ne manquèrent pas d’arriver puisque Servette domina de la tête et des épaules cette deuxième moitié de période. Si Wüthrich (notamment) ne parvint pas à conclure, Koro Kone réussit lui à récupérer un bon ballon à mi-terrain. Un relais avec Alphonse, un décalage avec l’inévitable Stevanovic (à nouveau excellent) et un centre placé à la perfection plus tard, l’Ivoirien put placer un coup de tête décroisé imparable pour libérer son équipe. Les Genevois réussissaient donc là où les Lausannois pêchaient: la concrétisation de leurs temps forts. D’autant que jusqu’à la mi-temps, c’est encore les visiteurs qui se créèrent les plus belles opportunités, notamment par Alphonse, de la tête inévitablement, qui vit la barre s’opposer à son envoi. 0-1 à la pause, mais le sentiment que rien n’était encore fait d’un côté comme de l’autre.

 

Comme souvent lorsqu’un match d’une telle importance tarde à basculer en faveur de l’un des protagonistes, le jeu se durcit et les contacts se font plus rugueux. C’est ainsi que pendant les vingt premières minutes de cette seconde reprise, Lausanne domina la rencontre mais ne se créa que peu d’occasions. Servette sortit gentiment les griffes, Cespedes et Cognat passant très proches d’écoper de cartons jaunes que leur comportement aurait mérité.

 

C’est finalement le coaching qui donna une nouvelle tournure à la rencontre. Alain Geiger décidait de sortir Alphonse pour renforcer son milieu de terrain avec l’entrée d’Imeri. Un choix surprenant alors que Schalk était à disposition et que le système semblait bien en place, mais un choix qui faillit payer immédiatement puisque le jeune Servettien adressa une excellente frappe qui fit trembler l’extérieur du filet de Castella à peine une minute après son apparition.

 

Malheureusement pour les Grenat, Contini sentit qu’il pouvait profiter de la frilosité de son homologue et de la légère désorganisation en découlant. Il fit entrer un joueur offensif supplémentaire en la personne d’Andi Zeqiri. A peine une minute plus tard également, le jeune prodige Lausannois, bien servi par Margiotta, profita d’un placement aléatoire des Servettiens pour dribbler Frick et égaliser. Une certaine impression de déjà-vu planait dans les rangs des visiteurs, ceux-ci ayant déjà encaissé des buts similaires lors de leurs deux dernières sorties.

 

Les deux équipes eurent chacune des possibilités de repartir avec la totalité de l’enjeu dans les dernières minutes mais le score n’évolua plus. Un match nul qui arrange tout de même plutôt Servette puisque, cumulé au match nul entre Winterthour et Wil, il lui assure le titre honorifique de Champion d’automne. Une “récompense” qui a permis à tous les clubs l’ayant obtenue dans une Challenge League à dix équipes d’être promus en fin de saison à l’exception de Wohlen en 2015 (mais les Argoviens avaient lâché du lest lorsqu’ils avaient compris qu’une promotion en Super League n’était pas réellement envisageable).

 


 

Si l’on ne devait retenir qu’une seule chose…

 

De positive

 

Le match de Jérémy Frick. S’il peut parfois laisser une impression quelque peu nonchalante face à des adversaires plus limités offensivement, il a prouvé face à Lausanne qu’il était toujours un excellent gardien. Abandonné par son équipe sur l’égalisation, il aura été impérial tout au long de la partie. Bravo à lui!

 

A améliorer

 

La concentration et le positionnement en phase défensive. Comme face à Vaduz et Chiasso (voire même Aarau un peu plus tôt), Servette encaisse un but évitable simplement par manque de rigueur dans le replacement lorsque le ballon semble loin des buts de Frick. A chaque fois, en deux longues passes, l’adversaire se retrouve en position favorable. Un aspect qui ne coûte rien tant que les Grenat marquent trois buts par match mais qui leur fait perdre deux points dès que l’adversaire s’approche un peu de leur niveau. A corriger au plus vite!

 


 

Interview d’après-match : Jérémy Frick

 

Propos recueillis par Thomas Zinguinian

 



 

FC Lausanne-Sport – Servette FC 1-1 (0-1)

Stade de la Pontaise, 8’032 spectateurs.

Arbitre : M. Tschudi.

Buts : 35′ Kone (0-1), 78′ Zeqiri.

Lausanne : Castella; Pos (88′ Nanizayamo), Nganga, Brandao, Flo; Puertas, Pasche (C) (77′ Zeqiri); Kukuruzovic, Dominguez (90+1′ Geissmann), Oliveira (82′ Silva); Margiotta. Coach: Contini.

Servette : Frick; Sauthier (C), Routis, Rouiller, Séverin; Cespedes; Stevanovic, Wüthrich (82′ Schalk), Cognat (88′ Duah); Kone (90+3′ Mfuyi), Alphonse (72′ Imeri). Coach: Geiger.

Avertissements : 28′ Pasche, 56′ Stevanovic.

Notes : Lausanne sans Manière, Loosli, Tejeda (blessés), Monteiro, Escorza, Asilani, Gétaz et Schmid (non-convoqués). Servette sans Lang, Souaré, Busset (blessés), Maccoppi, Sarr et Antunes (non-convoqués).