Le Servette FC se déplace à la Pontaise cet après-midi (en direct dès 16h45 sur notre webradio) pour un “derby du Lac de G’nève” qui sent la poudre. Les Lausannois, favoris à la promotion, se retrouveraient ainsi à dix points de leur adversaire en cas de défaite!

 

Lausanne-Servette. Une affiche qui fut longtemps parmi les plus alléchantes du football suisse. Les deux plus grandes villes du pays derrière Zurich. 24 titres et 15 coupes cumulés. Des affluences énormes pour deux agglomérations souvent considérées comme faisant partie de la même mégapole. Des drames à répétition, dans un sens comme dans l’autre (le titre servettien de 1999 ou la relégation des Grenat en 2013 par exemple). En ce 8 décembre 2018, c’est la moitié d’une promotion en Super League qui se jouera dans la vénérable enceinte de la capitale olympique et pour les Vaudois, c’est aussi la perspective de devoir inaugurer leur nouveau stade en seconde division, comme l’on fait avant eux Neuchâtel et Saint-Gall notamment. Autant dire qu’ils auront une motivation décuplée pour ce choc!

 

Nous avons pu aborder hier cette rencontre avec le vice-capitaine du Servette FC Christopher Routis, l’attaquant Alexandre Alphonse et l’entraîneur Alain Geiger. Les questions ont été posées par Thomas Zinguinian et Bastien Trottet en collaboration avec Blaise Bugyil de Radio Lac dont les interventions sont mentionnées comme telles.

 


 

Routis, un défenseur offensif des plus lucides

 

Christopher Routis, vous ne devez pas garder un excellent souvenir de votre dernier match à la Pontaise puisqu’il s’agit de la relégation du Servette FC en 2013…

 

Tomber à la Pontaise, c’était particulièrement décevant. Cela a été difficile dans la tête de se relever. Là, on y va dans d’autres conditions, le match n’aura rien à voir avec celui de l’époque. C’est clair que j’ai ce souvenir dans un coin de la tête, mais voilà, ça reste un autre derby et on espère qu’il y aura du spectacle.

 

Une complicité à tous les niveaux

 

Vous êtes l’un des titulaires indiscutables de l’équipe, d’abord au milieu, puis en défense centrale, votre position naturelle. Peut-on dire que cela se passe plutôt bien pour vous ?

 

Oui. Quand j’ai signé ici, l’optique était de jouer défenseur central, mais avec les nombreuses blessures du début de saison, j’ai dû jouer au milieu, un poste que j’avais connu en Angleterre et en Ecosse. Je retrouve gentiment une position que j’affectionne particulièrement et qui me convient mieux, mais je reste évidemment à disposition du coach en cas de besoin. C’est vrai qu’on s’entend vraiment bien avec Steve Rouiller, on a tout de suite accroché tous les deux et je pense que cette complicité qu’on peut avoir se ressent. Je veux d’ailleurs en profiter pour le féliciter car il vient de devenir papa. Personnellement, cela me fait du bien de retrouver ma position. Je n’ai pas trop eu l’occasion d’y jouer à l’étranger, mon expérience là-bas aurait sûrement été plus positive si j’avais joué plus souvent à ce poste-là. Je suis en train de retrouver gentiment mon niveau et mes repères à ce poste.

 

Steve Rouiller? C’est quelqu’un d’extraordinaire!”

 

Vous évoquez Steve Rouiller, on imagine que cela doit être très intéressant d’évoluer avec un tel défenseur à vos côtés ?

 

Oui, totalement. Je ne le connaissais pas du tout avant d’arriver ici mais j’ai rapidement appris à le découvrir. Je l’ai très vite apprécié en tant que joueur, en tant que personne, c’est quelqu’un d’extraordinaire également. C’est typiquement le genre de joueur avec lequel j’ai envie de jouer : propre, costaud dans les duels, fort défensivement, il va vite, ce qui peut m’aider de temps en temps, et il aime jouer au ballon. C’est un petit peu un attaquant dans l’âme, du coup cela nous arrive d’être tous les deux aux avant-postes. Même si cela reste dangereux, c’est l’équipe qui demande ça, c’est le jeu, la volonté du coach de jouer vers l’avant. On est amenés à participer offensivement et cela se passe plutôt bien.

 

“Avec Steve, aller de l’avant, c’est dans nos gènes, dans notre envie, notre mentalité”

 

Après, dans l’équipe, on a énormément de bons défenseurs. Il y a notamment Christopher Mfuyi qui a débuté la saison et qui s’est blessé ensuite. C’est un joueur qui a de grosses qualités également. En ce moment, l’équipe tourne bien et l’entraîneur a trouvé non pas un onze de base, mais un équilibre, du coup on prend gentiment nos repères et c’est ce qui explique les bons résultats actuels.

 

Comme votre partenaire, vous êtes également un ancien attaquant reconverti en défenseur central. Est-ce que cela vous aide à mieux vous comprendre mutuellement ?

 

Oui, dans le jeu cela nous aide. Le coach veut que l’on joue vers l’avant et nous avons parfois les milieux qui décrochent, ce qui nous laisse des espaces, mais qui nous force aussi à avancer et à créer le jeu. J’ai joué devant étant plus jeune, même en arrivant à Servette d’ailleurs, ce qui m’avait permis de monter en première équipe. C’est clair que ça m’a aidé, mais ça peut aussi me porter préjudice parfois parce qu’on laisse beaucoup de jus. Dans les statistiques, on est souvent dans le top-5 des joueurs qui font le plus de kilomètres, ce qui n’est pas forcément normal pour des défenseurs centraux, mais voilà, on aime cela. C’est dans nos gènes, dans notre envie, notre mentalité et je pense qu’actuellement c’est positif pour le club parce que dans cette ligue, une équipe qui attaque est récompensée.

 

Savoir se réfréner. un apprentissage

 

Quel est votre regard en tant que défenseur sur les périodes de relâchement que l’on a parfois pu apercevoir lors des derniers matchs ?

 

On paie peut-être notre engagement offensif là-dessus. Dans nos têtes actuellement, on se dit plutôt qu’on va essayer d’en mettre quatre, même si c’est aussi très important de garder notre cage inviolée et de rester la meilleure défense pour nous et pour nos gardiens . Mais voilà, la semaine d’avant, je suis au marquage avec Tadic et là c’est moi qui laisse un peu aller Josipovic suite à un énervement de ma part. J’en ai parlé avec Lionel Pizzinat (le Team Manager, ndlr) notamment, pour moi nous avons réalisé l’une de nos moins bonnes deuxièmes mi-temps. Ce n’était ni bon ni beau à voir.

 

Si l’on fait la même deuxième mi-temps avec un match nul au bout comme en début de saison, on se fait démonter de toute part”

 

Bien sûr, on fait une mi-temps comme cela en gagnant 5-1, les gens vont rester positifs à la fin, mais si l’on fait la même mi-temps avec un match nul au bout comme en début de saison, on se fait démonter de toute part. Contre Chiasso, il y avait des buts d’écart, mais je dois garder ma concentration, ne pas m’énerver même quand l’équipe va un peu moins bien. C’était surtout dans la tête que l’on a pêché, on avait beaucoup moins d’envie de concentration et de rigueur. Des matchs comme cela contre une équipe de haut niveau, on l’aurait payé cash. Heureusement, il y avait des buts d’avance et cela a suffi.

 

(BB) Vu qu’avec Steve Rouiller vous avez les deux des qualités offensives, est-ce que c’est plus difficile de trouver une complémentarité dans ces conditions ?

 

Non non. On pense quasiment pareil au niveau football. On pense à l’offensive, mais si je vois Steve monter, je ne vais pas monter également. On organise beaucoup mieux le jeu depuis derrière depuis quelques matchs. Je parle beaucoup, à chaque fin de match je n’ai plus de voix. Contre Chiasso, on avait Kastriot Imeri, c’est un jeune milieu de terrain qui joue numéro dix avec l’équipe nationale. C’est plutôt un joueur qui peut être amené à faire le yoyo ou un joueur offensif. Là, il était devant la défense, il a donc fallu beaucoup communiquer. C’est surtout un équilibre de façon à ne pas se faire piéger.

 

Lausanne, un match différent

 

(BB) Qu’est-ce que vous avez retenu de la deuxième mi-temps contre Chiasso pour le match de Lausanne ?

 

Nous, on était content après le match parce qu’on joue à chaque fois pour prendre trois points, ce qu’on ira faire à Lausanne également. C’est clair que c’est un match un peu différent, que ce soit pour les supporters ou pour les joueurs, mais c’est un beau match à jouer. On va aller pour prendre trois points, mais on ne peut pas se permettre une telle mi-temps contre Lausanne. Eux ont de meilleures qualités et des joueurs de niveau supérieur. Ils restent les favoris pour le titre de Challenge League, même si actuellement nous avons des points d’avance. On va tout faire pour prendre trois points, c’est notre objectif.

 

“Depuis que Dominguez rejoue, son équipe va mieux”

 

(BB) Quels aspects ont-ils été mis en avant lors de la séance vidéo ?

 

C’est une équipe qui est solide, même si ces derniers temps ils prennent des buts, comme un peu tout le monde dans cette ligue. Offensivement, ils ont une armada de joueurs qui peuvent faire la différence à tout moment. Ils ont des joueurs qui vont vite, des joueurs techniques redoutables. Je pense notamment à l’ancien servettien Maxime Dominguez. J’ai été surpris qu’il ne joue pas plus que cela. Depuis qu’il rejoue, son équipe va un peu mieux. Quant à lui, il marque des buts et fait des passes décisives. Il va donc falloir faire attention, ils ont de très bonnes qualités individuelles. Il va falloir que l’on soit attentif à tout cela, mais surtout que l’on joue notre jeu.

 


 

Alphonse a trouvé la fontaine de jouvence au bout du lac

 

Alexandre Alphonse, l’offensive servettienne fonctionne bien actuellement, qui plus est avec le retour de Kone. Comment le vivez-vous ?

 

On le vit bien. Avec un tel enchaînement de victoires, on engrange beaucoup de confiance. C’est le groupe qui passe en priorité, on a vu avec Mychell Chagas, quasiment chaque fois qu’il rentre, il est décisif. C’est de bon augure pour la suite du championnat, cela montre qu’on a un effectif de qualité. Nous travaillons sereinement, la concurrence est saine, idéale pour faire avancer l’équipe.

 

“On sait que l’on peut  tout donner jusqu’à n’en plus pouvoir et qu’on sera remplacé sans diminuer la qualité de l’équipe”

 

Avec une telle qualité sur le banc, est-ce que cela vous enlève un peu de pression en vous disant qu’il y a du monde pour vous aider au besoin ?

 

Non, je ne dirais pas que cela nous enlève de la pression, mais on sait qu’on peut donner 100% ou même plus. Si l’on est fatigué, on n’a pas besoin de se gérer, on sait qu’il y a des gars qui sont là pour nous remplacer et pour apporter énormément à l’équipe. C’est plutôt cela qui est appréciable, car on n’a pas besoin de se dire qu’on ne va pas faire tel ou tel effort parce qu’il est inutile. Au contraire, on sait qu’on peut tout donner jusqu’à n’en plus pouvoir et qu’on sera remplacé sans diminuer la qualité de l’équipe. C’est positif et vraiment bien pour le groupe.

 

Un état d’esprit exemplaire

 

Vous aviez été expulsé à peine quelques minutes après votre entrée en jeu lors du match aller. Est-ce que vous aurez une revanche à prendre demain ?

 

Non non, il n’y a aucune revanche. J’ai fait une bêtise en prenant ces deux cartons rapidement. C’était dû à ces 5-6 mois où j’ai été blessé, j’ai travaillé vraiment dur pour revenir et c’était plus la sur-motivation qui m’a rendue maladroit. Je suis attaquant et c’est vrai que nous maitrisons peut-être un peu moins certains gestes défensifs. C’est une expulsion que je regrette énormément mais qui nous a permis de montrer que même à neuf, nous pouvions mettre Lausanne en difficulté et que nous avions une solidarité incroyable. C’est ce que je préfère garder de ce match aller.

 

“Beaucoup de gens m’ont demandé de garder cette coupe de cheveux encore quelques temps parce qu’elle nous portait bonheur”

 

Vous en êtes à cinq buts cette saison dont en tout cas trois de la tête. Quel est votre secret ?

 

Certains disent que c’est grâce à ma coupe de cheveux… (rires). Non, plus sérieusement, c’est simplement que je reçois des bons ballons. Je me rappelle aussi de deux matchs dont Lucerne en Coupe où j’ai eu des bonnes occasions de la tête que je n’ai pas réussies. Beaucoup de gens m’ont demandé de garder cette coupe de cheveux encore quelques matchs parce qu’elle nous portait bonheur. Je ne suis pas mauvais de la tête donc quand il y a des bons centres, normalement ça fait but. Mais c’est aussi à moi de savoir me placer pour recevoir ces ballons.

 

En cas de promotion en fin de saison, est-ce que vous vous imaginez jouer en Super League la saison prochaine ?

 

Je ne me projette pas encore à l’année prochaine. Je me dis que tant que je suis performant sur le terrain et bien physiquement, que je n’ai pas de pépin et que je garde cette forme-là, il n’y a aucun problème pour moi de jouer, que ce soit en Challenge ou en Super League. Il faudra plutôt voir comment je me sens dans trois mois, voir si j’ai encore l’envie et la motivation de continuer. Pour le moment, je ne pense pas trop à cela. Je prends énormément de plaisir donc si je devais vous répondre maintenant, je dirais qu’il n’y a aucun problème, mais on verra dans quelques mois.

 

Le foot, c’est dans la tête

 

(BB) L’équipe est en confiance. Est-ce cela qui vous permet de réussir de si bons résultats ?

 

Oui. On voit par exemple qu’il y a quelques matchs en arrière, Alex Schalk, qui est un joueur très adroit devant le but, n’était pas en confiance. Il avait raté quelques occasions et cela ne voulait pas rentrer. On a vu que depuis qu’il a débloqué son compteur à Winterthour, il enchaîne les buts. Vous savez, le foot, c’est beaucoup dans la tête. Quand vous avez des qualités, elles ne partent pas. Il faut juste continuer à travailler, ne rien lâcher pour essayer d’être décisif pour l’équipe.

 

“A la Juventus, la rigueur défensive, c’est de la première à la dernière minute. C’est une culture. Il nous faut progresser là-dessus.”

 

(BB) Christopher Routis nous a parlé d’une deuxième mi-temps en demi-teinte contre Chiasso. Qu’est-ce qu’il faudra corriger selon vous ?

 

De la rigueur. Il faudra beaucoup plus de rigueur. A 4-0 après une heure de jeu, on pensait que le match était déjà terminé. Dans l’histoire du foot, il y a très peu d’équipes qui sont sorties vainqueur d’un tel score. Il nous faut être concentré. Les joueurs qui rentrent doivent chercher à montrer le plus possible au coach. Le relâchement est humain, à 4-0 c’est compréhensible de se donner un peu moins, mais c’est là où l’on doit apprendre. Si l’on regarde une grande équipe comme la Juventus, la rigueur défensive, c’est de la première à la dernière minute. Pour eux, c’est une culture. Il nous faut progresser sur ce point de vue.

 

(BB) C’est cela qui va être la clé du match à Lausanne ?

 

Oui. Il va falloir continuer à travailler sérieusement comme on le fait depuis le début de cette série de victoires. On sait qu’on peut progresser dans la rigueur, dans la concentration, c’est ce qu’il faut retenir pour ce match.

 


 

Geiger n’en veut pas trop à ses joueurs pour cette 2e mi-temps

 

Alain Geiger, pouvez-vous nous faire un petit point sur les absents pour ce derby ?

Ce sont toujours les mêmes blessés, à savoir Lang, Souaré et Busset.

 

Quel regard portez-vous sur la victoire face à Chiasso ?

On ne va pas beaucoup pouvoir s’inspirer de ce match par rapport à celui que l’on va devoir livrer à Lausanne. On voulait marquer des buts, on les a marqués. C’est normal qu’il y ait eu un moment de relâchement, un peu moins de concentration en fin de partie. On avait aussi ce risque de suspension, il fallait y faire attention pour que tout le monde soit présent contre Lausanne. Le travail a été très bien fait. Par contre, on peut aussi constater que les rentrants n’ont pas été à la hauteur. J’attendais plus d’eux. Mais au final, qu’est-ce qu’on va reprocher à une équipe qui arrive à s’imposer 5-1 ? C’est du bonus, mais maintenant il faut se concentrer sur le match de Lausanne.

 

Vous avez joué un certain nombre de derbies à Lausanne dans votre carrière. Est-ce que vous abordez cette rencontre différemment ou c’est juste un match parmi les autres ?

J’en ai joué beaucoup, mais il y avait surtout tous les clubs romands en première division et donc beaucoup de derbies. Le derby lémanique est toujours un peu particulier, déjà par son histoire. Au niveau des affluences, il pouvait y avoir des matchs à 30’000 personnes. A Lausanne aussi, il y a toujours eu énormément de public. Aujourd’hui, on a des derbies avec moins de spectateurs, mais c’est toujours la même rivalité, quoique plus saine. Comme je dis souvent, l’équipe qui arrivera à imposer son jeu gagnera le match. C’est ce qu’on veut faire et eux aussi, donc ça sera un match très intéressant.

 

En fonction des événements, est-ce que vous pourriez vous contenter d’un match nul ou est-ce que seule la victoire compte ?

On a toujours dit depuis le début de la saison que l’on joue chaque match pour les trois points. Ce n’est qu’à la fin du match que vous réalisez le nombre de points que vous avez fait. Dans l’esprit, on veut aller chercher la victoire.

 

A quel type de match vous attendez-vous de la part des Lausannois ?

Je m’attends à un match très difficile. Pas forcément parce qu’ils sont sous pression, mais plutôt parce qu’on voit un meilleur Lausanne en ce moment. Ils ont de très bonnes individualités. C’est une équipe qui a un bon impact physique et qui a changé sa manière de jouer. Ils essaient de faire d’abord du pressing, de bien jouer le deuxième ballon et de faire des contre-attaques rapides. Ils jouent maintenant d’une manière un peu plus rapide. Il faudra s’adapter à cela et faire attention. Comme ils sont sous pression, il nous faut oser des choses et leur doubler cette pression. Nous devrons amener du jeu dans leur camp et leur créer des difficultés. C’est grâce à cela que nous arriverons à marquer des buts.