Les Grenat l’ont fait ! Ils voulaient se mettre à la hauteur de Young Boys, ils sont parvenus à dominer le double champion de Suisse pour obtenir une victoire 3-0 qui ne souffre aucune contestation. Bluffant !

 

Dans la lignée de leur combat à Tourbillon une semaine auparavant, les Servettiens savaient qu’ils ne devraient strictement rien lâcher s’ils entendaient mettre en difficulté des Bernois invaincus sur sol helvétique depuis dix-neuf rencontres (dont l’intégralité du présent championnat). Ces qualités de battants, une marque de fabrique de la saison dernière, semblaient s’être quelque peu diluées ces dernières semaines au gré d’un groupe qui soignait ses pépins physiques tout en apprenant “à la dure” ce qu’était concrètement la Super League. Ce fighting spirit avait déjà fait son retour dans la capitale valaisanne, sans pour autant être couronné de succès. Qu’à cela ne tienne, la venue de l’ogre de la capitale leur offrait une nouvelle chance de démontrer qu’un état d’esprit irréprochable pouvait permettre au néo-promu de poser des problèmes à n’importe quelle équipe de l’élite, qui plus est sur un terrain plus proche d’un bourbier de Challenge League que du billard synthétique du Stade de Suisse.

 

Articulés dans un 4-2-3-1 qui colle au plus près des atouts de ce groupe et avec une équipe pratiquement type (à l’exception de Schalk, suspendu après son excès d’enthousiasme du week-end dernier), les hommes d’Alain Geiger débutèrent la rencontre sans nourrir de complexes. La première demi-heure fut ainsi plutôt équilibrée, les deux formations se créant chacune quelques occasions en maîtrisant le ballon à tour de rôle. C’est à ce moment-là que le (double) tournant du match eut lieu : Gaudino, habituel remplaçant “couteau-suisse” de Seoane devenu titulaire au gré des nombreuses absences de ses coéquipiers, se blessa et mit quelques minutes avant de céder sa place à l’ancien défenseur central d’Aarau Nicolas Bürgy, repositionné en tant que milieu défensif pour l’occasion en l’absence d’autre solution crédible pour l’heure de jeu restante. Dans le même temps, le ciel tomba littéralement sur la tête des deux équipes, des trombes d’eau s’abattant sur elles jusqu’à la fin de la pause, ce qui acheva définitivement ce qu’il restait de pelouse à un Stade de Genève qui faisait déjà peine à voir.

 

Et comme souvent lorsque les conditions se déchaînent, les Genevois se sentirent pousser des ailes. Si Stevanovic ne parvint pas à cadrer sa tête juste avant le thé pour une affaire de centimètres, cela eut au moins le mérite de montrer le chemin à ses coéquipiers. Nous le mentionnions déjà ces derniers matchs, avec le retour aux affaires de Iapichino, Servette dispose maintenant d’un flanc gauche performant. C’est grâce à lui, et tout particulièrement à Varol Tasar, auteur de deux éclairs de génie dans la tempête, que les Grenat prirent les devants à l’heure de jeu lors de 120 secondes hallucinantes où le score passa de 0-0 à 2-0.

 

Tasar et Wüthrich ont été les deux héros du jour (© Bastien Gallay)

 

Mais Young Boys, même doublement mené au score, affaibli par les blessures et mis en difficulté par le terrain, reste Young Boys, une équipe qui n’est pas double championne en titre par hasard. Comme souvent cette saison, c’est l’ancien Grenat Jean-Pierre Nsamé, qui disputait par ailleurs son premier match à la Praille dans la peau d’un visiteur, qui sonna la révolte. Le meilleur buteur actuel du championnat, déjà frustré d’un but qu’il pensait valable par l’excellent M. Fähndrich quelques instants auparavant, adressa une magnifique reprise de volée depuis les vingts mètres qui trouva le poteau droit de Jérémy Frick. On jouait alors la 70e minute et les Bernois venaient de griller leur premier joker. Ils perdirent le second 120 secondes (décidément le chiffre du jour) plus tard lorsque la tête de Sørensen vint heurter l’épaule d’un Genevois venu suppléer son portier sur la ligne pour retomber dans les bras de ce dernier de manière pour le moins chanceuse. Pendant que les Jeunes Garçons se perdaient en conjectures pour tenter d’obtenir un penalty qui aurait été lourd de conséquences, les locaux partirent en contre-attaque. Iapichino et Tasar s’occupèrent de la construction, Cognat de la création et Wüthrich, main dans la main avec Kyei, de la finition. Coup de tonnerre sur Genève : le leader était à terre et ne s’en relevait pas !

 

Servette se contenta ensuite intelligemment de gérer sa fin de match en lançant dans le bain le jeune Ricardo Alves Azevedo, très prometteur lors des matchs amicaux estivaux et auteur d’une excellente entrée. Pour YB, le mal était fait, cette rencontre était celle de trop dans un calendrier extrêmement chargé pour un effectif d’une quinzaine de joueurs valides seulement. Les Grenat levaient donc les bras pour la première fois depuis le mois d’août pour une victoire ô combien méritée et importante.

 


 

Que retenir de ce match ?

 

De positif

 

La victoire. Il en fallait absolument une d’ici la pause internationale, elle est arrivée contre l’adversaire le mieux coté de cette partie de championnat. Et quelle victoire ! YB n’a pratiquement jamais réussi à poser son jeu pour la première fois de la saison ou presque. S’il ne faut pas non plus trop s’enflammer, ce succès a le mérite de remettre les Servettiens dans le sens de la marche et de leur prouver qu’ils sont tout à fait à leur place en Super League. De bonne augure pour la suite, indéniablement !

 

Varol Tasar. Et si Alain Geiger avait trouvé la recette miracle avec lui lorsqu’il a décidé de lui offrir une petite pause fin septembre ? L’attaquant germano-turc a complètement changé de dimension depuis son retour dans le onze de base à Xamax et son premier but inscrit dans la foulée. Le numéro 20 servettien ose désormais tenter sa chance dans toutes les positions avec une réussite pour le moins exceptionnelle. Le retour de Iapichino l’aide probablement en le déchargeant partiellement de ses tâches défensives, mais ses deux buts en deux minutes et la standing ovation qui s’en est suivie à sa sortie sont une récompense amplement méritée pour lui.

 

L’entrée d’Alves Azevedo. S’il faut savoir raison garder lorsqu’un jeune Grenat s’illustre contre YB, le dernier en date étant un certain Ludovic Paratte, promis à un bel avenir mais dont la carrière n’a jamais décollé, Alves Azevedo a démontré de belles qualités dans son rôle de milieu offensif. A bientôt 18 ans, il a obtenu ses premières minutes en Super League et a su se mettre au niveau de ses coéquipiers, même si sa fougue lui a tout de même coûté un avertissement. Satisfait de sa performance, son entraîneur Alain Geiger réfléchit d’ailleurs d’ores et déjà à l’intégrer à l’effectif de la première équipe dès cet hiver. Une jolie reconnaissance pour le travail effectué au sein de l’Académie.

 

A améliorer

 

La pelouse. Certes, les conditions météorologiques ont été pour le moins complexes ces derniers jours et le simple fait d’être parvenu à disputer cette rencontre est déjà en soi un petit exploit, mais cette espèce de terrain vague est absolument indigne de la Super League et d’un stade comme celui de la Praille. On nous resservira sûrement encore tout l’automne ces histoires de champignon et de la Nati, mais la vérité est ailleurs : pour reprendre les termes qu’un journaliste a employé cette semaine, Genève s’est offert une Rolls Royce mais l’a entretenue comme une Ford. Un échec cuisant qu’il convient de réparer au plus vite.

 

L’affluence. 7’000 billets vendus mercredi, à peine 1’000 de plus depuis. Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir fait de la publicité en ville ! On sait le Genevois frileux et opportuniste, mais la venue du double champion en titre avait tout pour le titiller. Malheureusement, la météo l’a sûrement refroidi. Dommage, car le spectacle proposé aurait mérité un plus large soutien. Le prochain match à domicile étant la réception du FC Bâle, on peut supposer que le score du jour en motivera quelques uns pour une séance de rattrapage dans trois semaines !

 


 

Réactions d’après-match

 

Varol Tasar (en allemand)

 

 

Dennis Iapichino (en allemand)

 

 

Gerardo Seoane (en conférence de presse)

 

 

Alain Geiger

 

 


 

Servette FC – BSC Young Boys 3-0 (0-0)

Stade de Genève, 8’065 spectateurs.

Arbitre : M. Fähndrich.

Buts : 61′ Tasar (1-0), 63′ Tasar (2-0), 73′ Wüthrich (3-0).

Servette : Frick; Sauthier (C), Rouiller, Sasso, Iapichino; Ondoua, Cognat; Stevanovic, Wüthrich (75′ Alves Azevedo), Tasar (80′ Cespedes); Kyei (86′ Chagas). Coach : Geiger.

YB : Von Ballmoos (C); Janko (66′ Spielmann), Sørensen, Zesiger, Lotomba; Aebischer, Gaudino (37′ Bürgy); Assalé (80′ Mambimbi), Fassnacht, Ngamaleu; Nsamé. Coach : Seoane.

Avertissements : 32′ Ondoua, 35′ Gaudino, 45′ Nsamé, 70′ Cognat, 70′ Zesiger, 81′ Azevedo.

Notes : Servette sans Schalk (suspendu), Imeri, Kone (blessés), Lang, Souici, Severin et Busset (non-convoqués). YB sans Garcia (suspendu), Camara, Sierro, Sulejmani, Lustenberger, Lauper, Martins et Hoarau (blessés). 1er match professionnel de Ricardo Alves Azevedo. Tir sur le poteau : 70′ Nsamé.