Les Servettiens empochent les trois points face à une lanterne rouge privée de neuf (!) titulaires potentiels au coup d’envoi.

 

Une statistique résume à elle-seule tout le désarroi des visiteurs: cela fait 22 ans que le FC Aarau n’a plus gagné à l’extérieur face au Servette FC. La dernière fois ? Le 1er décembre 1996. C’était alors aux Charmilles… Pire, les Argoviens n’ont remporté que trois matchs en terres Grenat dans leur histoire et ce en 1988, 1993 et donc 1996. Si l’on ajoute à cela leurs huit défaites en dix matchs depuis le début de la saison, on mesure sans peine toute la difficulté qu’a eue l’entraîneur Patrick Rahmen pour motiver son équipe pour ce déplacement.

 

Pour ne rien arranger, les visiteurs se voyaient privés de plusieurs éléments importants pour cause de blessures. On pense notamment à Jäckle, Frontino, Tasar, Schneuwly ou encore Rossini. Une vieille connaissance de la Praille les rejoignait encore pendant l’échauffement puisque Goran Karanovic devait jeter l’éponge pour ce qui aurait constitué son retour devant un public qui l’a tant ovationné quelques années plus tôt. La poisse tant pour le joueur, déjà régulièrement touché ces dernières saisons, que pour le club, qui perdait-là d’une importante cartouche offensive.

 

Quant aux Servettiens, ils avaient pu préparer cette partie dans la sérénité puisqu’ils restaient sur un joli succès 2-0 contre Wil et sur une série de quatre matchs sans défaite. Seule l’absence de Busset était à ajouter à la liste de celles habituelles de Lang, Souaré, Kone et Duah. Bref, en un mot comme en mille, cette rencontre avait tout d’un piège pour les Genevois face à un adversaire qui ambitionnait en début de saison, rappelons-le, la promotion.

 

Une première mi-temps timide

 

Méfiants, les Grenat entamèrent la rencontre en prenant le contrôle du ballon, sans pour autant chercher à tout prix à se porter vers l’avant. A n’en pas douter une volonté d’Alain Geiger, qui nous indiquait avant le match se méfier de la rapidité de contre de son adversaire. C’est donc sur une sorte de faux-rythme que se déroula le premier quart de ce match. Il fallut un éclair de génie d’Alphonse pour réveiller un peu les acteurs de cette rencontre. Sur une belle ouverture dans sa direction à l’orée de la surface, l’attaquant français réussissait une magnifique talonade aérienne en direction d’un Cognat idéalement placé. L’ancien Lyonnais força Nikolic à dévier en corner, sa frappe étant cadrée mais trop écrasée.

 

Alors que les Genevois semblaient maîtriser leur sujet et s’approcher inévitablement de l’ouverture du score, ils firent preuve d’un relâchement coupable qui leur coûta cher. Sur une faute anodine commise par Sauthier à mi-terrain, les Argoviens jouèrent rapidement le coup-franc en constatant que leurs adversaires ne cherchaient pas particulièrement à se replacer. Un débordement de Misic et un centre en direction du géant Maierhofer plus tard, c’était 0-1 et l’impression que Servette s’était fait prendre à son propre jeu.

 

Un coaching gagnant

 

Sans doute très remonté contre son équipe, Alain Geiger prit les choses en main pendant la pause. Il modifia son système de jeu en sortant Cespedes pour Maccoppi, faisant ainsi glisser Cognat sur la gauche et Alphonse dans l’axe de l’offensive. Il demanda également plus d’intensité et un pressing plus agressif à ses joueurs. Bien lui en prit puisque les Servettiens apparurent transcendés dès la reprise. Pendant une vingtaine de minutes, les locaux mirent une pression infernale sur la défense adverse (une consigne dont l’entraîneur nous avait déjà parlé à la veille du match). Alphonse et Schalk, coup sur coup, firent chauffer les gants de Nikolic.

 

A noter par ailleurs que l’attaquant hollandais semble maudit par le sort car, malgré un état d’esprit irréprochable et plusieurs actions où il parvint à s’ouvrir le chemin du but alors que la situation semblait compromise, pour une raison inexplicable, le ballon ne veut pas terminer sa course au fond des filets. Nul doute que lorsqu’il réussira à briser le signe indien, il deviendra un atout offensif extrêmement précieux pour les Grenat, tant son talent est indéniable.

 

Le couloir gauche enfin décisif

 

La libération intervint à la 58e minute lorsque Cognat réussit un magnifique déboulé sur la gauche (le trois ou quatrième en un quart d’heure à peine) et parvint à adresser un centre parfait pour Stevanovic qui ne manqua pas l’aubaine et rétablit la parité. Le match s’équilibra alors pendant une dizaine de minutes, Servette payant ses efforts pour égaliser tandis qu’Aarau profita de l’entrée de quelques remplaçants pour mettre à nouveau le nez à la fenêtre, sans pour autant que Frick n’ait à s’employer pour sauver les siens.

 

Et soudain, un exploit inattendu vint à la rescousse des Genevois au moment idéal. Comme dans un conte de fées, Séverin hérita du cuir sur son flanc gauche. Inspiré, il élimina son vis-à-vis pour s’ouvrir un boulevard dans l’axe. Alors qu’il semblait s’empaler sur le mur défensif adverse, il trouva Chagas pour un une-deux parfait qui replaçait le latéral servettien en position favorable. Seul face à Nikolic, il ne trembla pas pour inscrire son premier but en Grenat. Et quel but! On jouait alors la 83e minute et Servette venait de faire le plus dur face à des Argoviens au mental fragile.

 

Ne restait donc “plus qu’à” gérer cet avantage pendant la dizaine de minutes restant encore à jouer et les locaux pourraient savourer une deuxième victoire d’affilée. Ce fut finalement chose faite (non sans quelques menus frissons au préalable) grâce à une réussite de Follonier parti dans un long rush “à la Antunes” sur un dernier coup-franc récupéré par sa défense. Une victoire 3-1 donc, après avoir été mené 0-1 à la mi-temps, c’est un bon résultat pour les Servettiens qui lancent ainsi une série positive dans ce deuxième tour. Si tout n’a pas été parfait, il faut quand même relever que l’état d’esprit global de l’équipe semble très bon avec plusieurs joueurs qui ont démontré une très grosse envie et beaucoup de combativité. Si l’embellie se poursuit, il y a fort à parier que Servette deviendra une équipe redoutable cette saison en Challenge League.

 


 

Si l’on ne devait retenir qu’une seule chose…

 

De positive

Le match de Cognat. Tantôt aligné comme milieu axial, tantôt comme extérieur gauche, le joueur prêté par l’OL a réalisé une prestation très solide. Pas encore en réussite à la finition, il a par contre démontré toute sa science du débordement pour apporter constamment du danger en phase offensive. Un pion essentiel dans le dispositif de Geiger.

 

A améliorer

La concentration. S’il est vrai que les Servettiens n’ont cette fois-ci pas eu de gros temps faible comme ce fut souvent le cas lors des derniers matchs, le manque de concentration ponctuel a cette fois-ci coûté un but et plusieurs cartons jaunes (ou du moins, des coup-francs qui auraient mérité un carton). Pas dramatique face à ce Aarau-là, mais c’est encore et toujours un aspect à travailler pour les Grenat.

 


 

Réaction à chaud de Yoan Séverin

 

Yoan Séverin répond aux questions de Jonathan Tunik

 


 

Servette FC – FC Aarau 3-1 (0-1)

Stade de Genève, 2’158 spectateurs.

Arbitre : M. Horisberger.

Buts : 34′ Maierhofer (0-1), 58′ Stevanovic (1-1), 83′ Séverin (2-1), 90+4′ Follonier.

Servette : Frick; Sauthier (C), Routis, Rouiller, Séverin; Cognat (81′ Imeri), Cespedes (46′ Maccoppi); Stevanovic, Wüthrich (75′ Follonier), Alphonse; Schalk (75′ Chagas). Coach: Geiger.

Aarau : Nikolic; Peralta, Leo, Bürgy, Obexer (45′ Mehidic); Liechti (62′ Giger), Perrier, Zverotic (C), Misic (62′ Peyretti); Maierhofer, Almeida (78′ Pepsi). Coach: Rahmen.

Avertissements : 11′ Obexer, 13′ Schalk, 89′ Alphonse, 90+2′ Maierhofer.

Notes : Servette sans Lang, Souaré, Busset (blessés), Duah (convalescent), Kone (permis de travail) et Sarr (étranger surnuméraire). Aarau sans Schindelholz (suspendu), Deana, Fillion, Thaler, Jäckle, Tasar, Frontino, Schneuwly, Karanovic, Rossini (tous blessés) et Ramadani (convalescent).