A côté de leurs chaussures en première mi-temps puis plus appliqués en seconde période, les Grenat ont concédé l’égalité dans un match qu’ils auraient pu à la fois perdre et gagner.

On attendait ce deuxième derby de la saison avec impatience du côté de la Praille. Entre un Servette FC qui surfait encore sur la vague du printemps dernier et un Neuchâtel Xamax sans victoire depuis le début de la saison, le néo-promu partait logiquement favori. Sur une pelouse indigne de la ligue dans laquelle évoluent désormais les deux formations, Servette devait vaincre le signe indien face à un adversaire qui lui a joué bon nombres de mauvais tours dans le passé. Au niveau de la composition, les genevois étaient privés de leur capitaine Sauthier, remplacé par Severin. Schalk était également titulaire en pointe à la place de Chagas, peu convaincant à Thoune.

La joie servettienne après l’égalisation (©️Bastien Gallay)

 

En ce qui concerne le terrain, il faut être franc : Servette a disputé sa plus mauvaise mi-temps de la saison lors de ce premier acte. Presque rien n’est à retenir de ces 45 premières minutes tant les Grenat ont été hors-sujet dans tous les domaines. Dominés par des xamaxiens bien plus à leur affaire, c’est comme si les servettiens continuaient à cultiver un complexe d’infériorité face aux rouges et noirs. Petit à petit, alors que le fil du match se déroulait, les scénarios cauchemars des matchs en Challenge League refaisaient surface. Vous l’aurez donc compris, c’est tout à fait logiquement qu’à l’heure de regagner les vestiaires Xamax menait 0-2 grâce à des réussites de Nuzzolo (19e) et Karlen (45e). Sans mouvement et idée en phase offensive, fébrile défensivement, battu dans l’agressivité au milieu, Servette était loin de ses standards. Pire, la sortie sur blessure de Cognat (remplacé par Chagas à la 28e et auteur de la seule occasion servettienne en première mi-temps avec une latte sur corner) et la difficulté de M. Hänni à calmer les ardeurs neuchâteloises nous annoncaient un deuxième acte bien terne.

Mais que nenni ! Alors qu’il y a deux ans, Servette aurait peut-être perdu ce match, une promotion et une force mental acquise plus tard, les Grenat ont su faire front pour revenir. La causerie d’Alain Geiger n’étant pas anodine dans ce renouveau bien que Servette dû attendre l’heure de jeu passée pour pouvoir se remettre dans la partie. Limités dans le jeu, les servettiens ont fait avec leurs armes du soir et hier il s’agissait des coups de pied arrêtés, plus précisément des corners. Sasso ralluma la flamme à la 65e quand il fallut placer sa tête après un bon centre de l’entrant Imeri. Dix minutes plus tard, copie conforme avec cette fois-ci un autogoal d’Igor Djuric (77e). 2-2, balle au centre et la Praille qui se met à croire à l’exploit. Malheureusement, malgré le fort soutien des 10’000 spectateurs présents, le déchet technique et la fatigue physique eurent raison des derniers espoirs de victoire servettienne. Dans une fin de match totalement débridée où les deux formations ont eu leurs occasions, chacun repartit avec un point. Un moindre mal pour chaque équipe : Servette a sauvé les meubles et Xamax ramène quelque chose de son déplacement, son objectif initial.


Que retenir de ce match ?

De positif

La réaction en seconde période. Au pied du mur à la mi-temps, les Grenat ont su trouver la force de caractère pour réagir. Ils ont pu compter sur un incroyable public (on y reviendra) pour les pousser, presque jusqu’à la victoire. Une preuve de plus que la cohésion du groupe est excellente, une donnée très importante pour atteindre ses objectifs en fin de saison.

Le match de Vincent Sasso. Peu à l’aise comme l’ensemble de ses coéquipiers sur la première période, le français a été l’artisan numéro un de la remontée servettienne. D’abord buteur pour la première fois sous le maillot grenat à l’heure de jeu, il insuffla une rage de vaincre nécessaire pour tirer tout le groupe vers le haut et lui permettre d’espérer empocher les trois points. L’ex-nantais est un vrai leader, aussi bien technique que par la parole. Son expérience fera à coup sûr beaucoup de bien cette saison.

Servette toujours invaincu à domicile. Certes au bout de trois matchs et avec deux matchs nuls, mais sans défaite. Le facteur public est forcément à prendre dans l’équation quand on voit l’ambiance et le bruit qu’ont pu apporter les 10’000 spectateurs hier. Un point sur lequel Servette possède un petit avantage sur les autres. On peut aisément affirmer que les Grenat bénéficient du 4e meilleur public de Super League (quand il est présent…) derrière les deux mastodontes YB et Bâle et encore un cran en-dessous de la furie du Kybunpark de Saint-Gall. Il faut que la Praille devienne une forteresse imprenable ou en tout cas le reste comme l’an dernier !

A améliorer

La 1ère mi-temps. De souvenir, je n’ai pas vu une mi-temps aussi pauvre depuis le match nul 0-0 face à Wil en février dernier. On sentait les servettiens perdus sur ce terrain, sans inspiration et réduit à subir la bonne entame neuchâteloise. Une première période à oublier donc,  où Servette a peut-être sous-estimé son adversaire. Alain Geiger ayant fait comprendre à ces joueurs pendant la pause (avec véhémence selon ses dires) qu’il fallait montrer beaucoup plus en seconde période. Des remontrances qui ont porté leurs fruits tant Servette s’est montré plus déterminé au retour des vestiaires.

L’animation offensive. Deux buts, une latte sur corner et puis c’est tout. Voici le bilan de l’attaque servettienne hier soir. Appels de balle inexistants, manque de spontanéité ou encore jeu totalement stéréotypé sont les symboles de cette soirée très médiocre de ce côté là pour Servette. Il fallait montrer bien plus face à ce bloc défensif bien organisé xamaxien, on attend les retours de blessures des joueurs offensifs avec impatience de ce côté là.

L’état du terrain plus l’incident avec les fumigènes. Deux faits de cette soirée qui sont totalement indépendants des acteurs sur le terrain. Deux couacs qui ont malheureusement un peu gâché la fête lors de ce derby intense. Un champignon a de nouveau refait son apparition sur la pelouse de la Praille, celui-ci causant bien des problèmes aux deux équipes pour pratiquer un beau football (surtout Servette et son jeu un peu plus “léché”). Même logique avec le mini feu provoqué par les nombreux fumigènes aux abords de la Tribune Nord. On a absolument rien contre ces engins pyrotechniques, le spectacle hier de ce côté là était magnifique, mais on ne peut que constater l’absence de contrôle à l’entrée et le danger que cela a pu produire. Plus de peur que de mal heureusement mais un jour il faudra trancher sur cette question : soit les interdire complètement, soit les autoriser et mieux les encadrer.


Réactions d’après-match (par Thomas Zinguinian)

Joël Magnin puis Alain Geiger en conférence de presse
Raphaël Nuzzolo

 

 

Servette – Xamax 2-2 (0-2)

Stade de Genève, 10 012 spectateurs.

Arbitre : M. Hänni.

Buts : 19e Nuzzolo 0-1; 45e Karlen 0-2; 65e Sasso 1-2; 77e Djuric autobut 2-2.

Servette : Frick; Gonçalves, Rouiller, Sasso, Séverin (70e Ondoua); Cespedes, Cognat (28e Chagas); Stevanovic, Wüthrich (59e Imeri), Tasar; Schalk.

Xamax : Walthert; Gomes, Djuric, Oss, Neitzke, Seydoux; Ramizi, Corbaz (91e Doudin), Mulaj (67e Haile-Selassie); Nuzzolo, Karlen (60e Seferi).

Avertissements : 15e Cespedes (antijeu), 86e Ramizi (antijeu).