Il aura donc fallu attendre la quatorzième journée pour voir les Grenat enchaîner deux victoires consécutives. Si tout ne fut pas parfait, leur progression devient visible depuis quelques matchs. De bonne augure pour la suite.

 

On ne change pas une équipe qui gagne : tel était le mot d’ordre d’Alain Geiger l’an dernier en Challenge League. Et pour la première fois de la saison, cet adage était applicable pour le staff servettien qui pouvait reconduire les dix-huit mêmes joueurs qui étaient parvenus à remporter les trois points la semaine précédente. Mieux : le Valaisan alignait le même onze qui avait battu YB dimanche dernier, une stabilité plutôt rare au bout du Lac. Coïncidence peut-être, les Grenat réussirent une première demi-heure d’une grosse intensité qui leur permis de prendre rapidement les commandes de la rencontre.

 

L’homme du match fut incontestablement Grejohn Kyei. L’attaquant français, déjà très en vue contre Young Boys, prouva (enfin) aux fans genevois l’étendue de son talent, lui qui n’avait que très peu joué en 2019 et qui courrait après sa meilleure forme depuis son arrivée. Il ouvrit son compteur dès la neuvième minute de jeu sur une astucieuse déviation du talon d’un coup-franc de Wüthrich effleuré par la défense adverse. Un joli réflexe qui s’apparente à un mini coup du scorpion, en voici une façon pour le moins inhabituelle d’inscrire son premier but en Suisse !

 

Libéré de ce fardeau une année exactement après Alex Schalk (qui avait inscrit sa première réussite avec le SFC le 9 novembre 2018 du côté de Winterthour), “Dino” glissa une merveille de passe pour Tasar quinze minutes plus tard pour doubler la mise suite à une immense bourde initiale de Kakabadze. Si le portier adverse ne fait pas vraiment bonne figure sur cette action, il faut aussi et surtout relever la confiance de l’ailier allemand qui réussit tout ce qu’il entreprend depuis quelques semaines. Quant à Kyei, il eut l’opportunité de donner une troisième longueur d’avance à ses couleurs une dizaine de minutes plus tard sur une demi-occasion qu’il s’était créée absolument tout seul, mais son tir trouva les gants d’un Müller tout heureux de ne pas devoir retourner chercher le cuir au fond de ses filets.

 

Lucerne a tenté mais a été trop brouillon pour déstabiliser la défense servettienne (© Bastien Trottet)

 

Et Lucerne dans tout cela ? Ils dominèrent globalement toute la rencontre, mais seul Ndiaye parvint à se montrer véritablement dangereux. Il trouva l’ouverture de la tête sur un corner (le seul tiré correctement en douze tentatives !) en début de deuxième mi-temps, transperçant un Jérémy Frick pourtant bien positionné mais surpris par la puissance du coup de crâne de l’attaquant sénégalais. Pour le reste, l’équipe de Suisse centrale passa le plus clair de son temps à tester l’efficacité des gants du portier servettien et des filets de protection derrière ses buts. Tant mieux pour les Grenat qui parvinrent à passer en mode gestion lors de la dernière demi-heure, n’hésitant pas à mettre intelligemment le pied sur le ballon et à défendre farouchement ce but d’avance. Avec succès.

 

Le SFC revient ainsi victorieux de la Swissporarena pour la première fois depuis 2011 et en profite du même coup pour prendre ses distances avec la barre. Les Grenat passeront donc la pause internationale au chaud et forts de nouvelles certitudes. Les quatre derniers matchs de l’année contre trois adversaires directs constitueront un test grandeur nature pour véritablement situer leur valeur, mais il semble de plus en plus clair qu’elle se situe bien au-dessus de la zone dangereuse et que les Genevois ont toute leur place dans cette Super League.

 


 

Que retenir de ce match ?

 

De positif

 

Grejohn Kyei. L’attaquant français a disputé son match de référence en cette belle soirée de novembre. Un but et une passe décisive pour lui, mais également un nombre important de ballons gagnés et une belle action créée à partir de rien. Un match plein qui se traduit enfin au tableau d’affichage après deux dernières sorties frustrantes où son gros travail n’était pas validé sur le plan comptable. Plus complet que Kone, il s’impose petit-à-petit comme une véritable alternative à Schalk, ou à son complément. Affaire à suivre.

 

La maturité. Dans l’adversité de ces dernières semaines, Servette a grandi. Tout d’abord en douceur en encaissant les coups, puis en se rebiffant, comme ce fut le cas contre St-Gall et Sion. Le succès contre YB a certes un certain prestige, mais ce fut surtout la gestion du match qui fut intéressante. Une gestion qui a souvent coûté cher aux Grenat cette saison, le plus souvent par manque de concentration. Le coup de boost ressenti le week-end dernier s’est prolongé cette semaine avec un match sérieux et appliqué à Lucerne. Les Servettiens semblaient savoir exactement comment doser leurs efforts, attaquant au bon moment et temporisant lorsqu’il le fallait. S’ils paniquent encore un peu derrière, les Genevois n’hésitent en tout cas plus à jouer la sécurité lorsqu’il le faut. Une évolution qui leur ouvre des perspectives plutôt réjouissantes pour la suite.

 

L’état d’esprit. Depuis le match à Sion, les Grenat ont retrouvé cette mentalité de guerriers qui avait fait leur succès en Challenge League l’an dernier. Un défenseur se retrouve mal pris sur une séquence ? Un autre joueur fera l’effort pour venir combler le vide. Un attaquant est revenu défendre ? Sur la contre-attaque, un défenseur remontera le ballon et le compensera numériquement. Le tout agrémenté de tapes dans la main, d’encouragements et de félicitations. Aucun doute possible, ce groupe vit bien et des automatismes sont en train de se créer entre certaines paires. Le travail défensif de Tasar, par exemple, mérite d’être mentionné, tout comme l’abattage d’Ondoua. Les bases sont solides, il ne reste maintenant “plus qu’à” pérenniser cela sur le long terme.

 

A améliorer

 

La sérénité défensive. Tout ne fut pas parfait de ce point de vue-là, Servette concédant trop de corners inutiles et perdant régulièrement le ballon sur des dégagements au loin, mais on ne peut guère lui en vouloir. En effet, après avoir encaissé plusieurs buts sur des erreurs individuelles ces dernières semaines, le retour aux bases est toujours une bonne idée. Cette option fut plutôt bien exécutée, mais elle n’est à n’en pas douter qu’une phase provisoire en attendant que l’apprentissage du haut niveau ne soit véritablement assimilé par les défenseurs Grenat.

 

Certains choix tactiques. La sortie de Kyei pour Cespedes a conduit à une désorganisation du milieu de terrain servettien. La paire Cognat-Ondoua fut brisée malgré son association efficace, Cognat glissant à gauche et Tasar dans l’axe jusqu’à la 80e. Malheureusement, personne ne trouva véritablement sa place dans ce système et il fallu l’entrée de Chagas à dix minutes du coup de sifflet final pour rééquilibrer le tout. Cela coïncida avec la meilleure période de Lucerne, qui n’en profita pourtant pas. Tant mieux pour Servette, mais cela peut coûter cher à l’avenir.

 

Miroslav Stevanovic. Peu en verve offensivement, notamment sur ses centres, il eut énormément de peine à venir suppléer Anthony Sauthier qui avait fort à faire avec le virevoltant mais maladroit Schürpf. Alain Geiger ne s’en cache d’ailleurs pas à l’heure de l’interview: son numéro neuf n’était pas souvent bien placé. La pause internationale lui fera le plus grand bien pour recharger ses batteries car il semble complètement transparent depuis quelques semaines.

 


 

Réactions d’après-match

 

Jérémy Frick

 

 

Anthony Sauthier

 

 

Alain Geiger

 

 


 

FC Lucerne – Servette FC 1-2 (0-2)

Swissporarena, 7’920 spectateurs.

Arbitre : M. Bieri.

Buts : 9′ Kyei (0-1), 24′ Tasar (0-2), 67′ Ndiaye (1-2).

Lucerne : Müller; Kakabadze, Knezevic, Lucas, Sidler (89′ Demhasaj); Voca, Grether; Ndiaye, Males, Schürpf (C) (80′ Matos); Margiotta (67′ Eleke). Coach : Häberli.

Servette : Frick; Sauthier (C), Rouiller, Sasso, Iapichino; Ondoua, Cognat; Stevanovic, Wüthrich (85′ Routis), Tasar (80′ Chagas); Kyei (67′ Cespedes). Coach : Geiger.

Avertissements : 90+1′ Müller, 90+2′ Knezevic, 90+5′ Demhasaj (après le coup de sifflet final!).

Notes : Lucerne sans Ndenge, Schulz, Arnold, Schwegler, Burch, Binous (blessés), Zibung et Tia (non-convoqués). Voca récupère le brassard de capitaine dès la sortie de Schürpf. Servette sans Schalk (suspendu), Imeri, Kone (blessés), Busset (convalescent avec les M21), Lang, Severin et Souici (non-convoqués).