Servette affronte Schaffhouse dimanche à 16h (en direct sur notre webradio dès 15h45) en restant sur une série de trois victoires consécutives. Pourtant, Alain Geiger se montre très prudent à l’heure de l’interview, conscient que dans ce championnat, tout peut très vite basculer.

Deux mois. Voici deux mois que Servette n’a pas connu la défaite en championnat. C’était le 31 août dernier face à Lausanne et, paradoxalement, cette partie, ou du moins sa dernière demi-heure, a probablement servi de référence aux Grenat pour lancer une dynamique positive. Si la série de matchs nuls de septembre n’était de prime abord pas extrêmement encourageante, elle a permis à l’ensemble du club de stabiliser quelque peu l’équipe et d’identifier les points qui restaient à travailler en priorité.

 

Trois victoires plus tard, Servette se retrouve leader de Challenge League, à la différence de buts certes, mais leader malgré tout. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ambiance au moment de l’interview s’en ressent, la sérénité ayant pris le dessus sur l’urgence des résultats. C’est dans ces conditions que nous avons pu nous entretenir avec Alain Geiger, Mychell Chagas et Steve Rouiller vendredi après-midi. Vous pourrez retrouver les interviews des deux premiers nommés ci-dessous, tandis que le défenseur valaisan fera l’objet d’un article ultérieur dans les prochains jours.

 

A noter que ces entretiens ont été réalisés en collaboration avec Blaise Bugyil (Radio Lac), dont les questions sont mentionnées comme telles.

 

Alain Geiger reste vigilent

 

Alain Geiger, finalement vous aviez raison : après une vingtaine de matchs sous vos ordres (préparation, Coupe et Championnat), Servette est en tête !

 

J’ai simplement dit qu’il fallait du temps, qu’il fallait six mois pour développer un projet avec les acquis de la saison passée et les nouveaux joueurs qu’on a été chercher pour qu’ils soient les leaders de l’équipe ou qu’ils amènent du caractère. Aujourd’hui, c’est minime. On sort de trois matchs nuls il y a quelques semaines en arrière et avec trois victoires, qui nous font passer de 12 à 21 points, on se retrouve en tête. C’est des choses qui arrivent, ça veut dire que le travail en groupe fonctionne bien, que les joueurs sont dans le projet, la direction, tout le monde travaille pour gagner nos matchs.

 

On a décidé de prendre match après match jusqu’à Noël et de ne pas se prendre la tête, mais on peut y arriver de différentes manières. Parfois on fait le résultat un peu plus tôt, parfois il faut aller chercher dans les temps morts une victoire un peu chanceuse mais malgré tout méritée parce que Kriens n’a pas fait grand chose pour marquer ses deux buts. Nous, on a fait beaucoup de choses et on a été payés sur la fin.

 

Quel a été votre sentiment sur ce but de Chagas à la 94?

 

Bien sûr que j’étais heureux, mais on sait qu’il y a beaucoup de buts qui tombent dans les dix dernières minutes dans le football moderne. C’est le mérite des joueurs d’avoir couru, d’avoir sauté, d’avoir espéré marquer des buts même dans les temps faibles. Ça prouve bien que l’équipe avait vraiment au fond d’elle envie de gagner ce match.

 

“C’est quand même mieux de vivre un championnat où il y a de l’enjeu”

 

Il y a actuellement quatre équipes en tête de la Challenge League. Comment on vit cette situation en tant qu’entraîneur ?

 

Je crois que c’est bien. Nous, on était derrière, on fait trois victoires et on revient dans la lutte. Wil a calé un petit peu à l’extérieur notamment parce qu’on les a battus. Lausanne a de la peine aussi et Winterthour est plus à l’aise à la maison, ce qui fait qu’après douze matchs, on se retrouve avec un équilibre. Ça promet un bon suspense, c’est cela qui est intéressant. C’est quand même mieux de vivre un championnat où il y a de l’enjeu avec plusieurs équipes plutôt qu’une seule devant avec 25 points d’avance, d’autant qu’il y a vraiment des bonnes formations en Challenge League cette année.

 

La première place, une étape

 

L’équipe est invaincue en championnat depuis Lausanne, soit deux mois. Peut-on dire que ça va mieux ?

 

Oui, mais la réussite a aussi un peu tourné, elle nous sourit plus souvent. On est également plus précis dans nos actions de jeu. Lors de nos matchs nuls, on a souvent manqué de réussite, comme nous en avons déjà discuté ces dernières semaines. Maintenant, nous sommes dans une série où ces matchs-là, on les gagne. Les deux victoires à la maison sont indiscutables, tandis qu’à Kriens, nous avons trouvé les solutions, tardivement certes, mais nous les avons trouvés. Il faut rester concentré et trouver une cadence victorieuse à la maison car c’est indispensable si l’on veut jouer les premiers rôles.

 

Dimanche, c’est Schaffhouse, un adversaire difficile à manier si l’on en croit ce que vous nous aviez dit avant le match aller. Comment abordez-vous ce match ?

 

On sait que Schaffhouse est dangereux en contre-attaque, même si ce n’est jamais une surprise lorsqu’on joue à la maison. C’est une équipe qui joue très regroupée, qui est agressive, qui ferme bien l’axe du terrain et qui a des arguments sur balles arrêtées. Il nous faudra mettre directement de la pression dans le match, utiliser les côtés et ne pas avoir peur de venir nombreux dans les seize mètres.

 

“Sauthier est à nouveau à disposition”

 

Au niveau des blessures et absences, où en est-on ?

 

C’est toujours plus ou moins la même chose. Mfuyi et Busset sont blessés pour encore une dizaine de jours, Lang et Souaré se soignent à leur rythme. Sauthier s’est entraîné à 100% depuis lundi, il est à nouveau à notre disposition.

 

(BB) Un mot sur Duah, qui a joué ses premières minutes à Kriens ?

 

J’ai eu la possibilité de l’inscrire sur la feuille de match à Kriens et comme il a fait des bons matchs avec les M21, il avait le droit de venir avec nous. C’est comme avec les jeunes, ils ne peuvent pas être tout de suite intégrés au groupe pro. Ils doivent se mettre à niveau physiquement, tactiquement et avec leurs partenaires. Quand je sens que le joueur est vraiment prêt, je lui donne la possibilité de s’exprimer. A ce moment-là, s’il est prêt, il ne fera pas une contre-performance. On voit cela avec des gars comme Antunes ou Imeri, maintenant ils ont vraiment le niveau.

 

Duah, c’est un point d’interrogation. Je dois apprendre à le connaître, il a quand même été blessé trois mois. Il n’est pas encore à 100% sur le plan athlétique parce que ce n’est pas possible, après 3-4 mois sans compétition il faut du temps pour revenir. Au moment où je vous parle (vendredi midi, ndlr), je n’ai pas encore fait mon groupe, je ne sais pas encore s’il sera sur le banc ou pas.

 

L’effectif commence à prendre forme

 

(BB) Est-ce que le fait d’avoir des joueurs qui sont maintenant en forme et d’avoir plus d’options sur le banc représente une partie de l’explication à ces bons résultats récents ?

 

Quand je regarde les trois derniers matchs, j’ai 18 joueurs sur le terrain, je n’ai plus besoin de changer trois positions de joueurs pour parvenir à mes fins. Si je veux un côté gauche, j’ai Follonier, si je veux un côté droit, j’ai Duah, etc. Quand j’ai 18 joueurs sur la feuille de match, ça me laisse plus de possibilités pour faire des changements. Je me suis aperçu que lors de ces trois derniers matchs, la feuille de match était complète avec des options à tous les postes, ça me laisse plus de choix et on a remporté ces trois matchs. Ce n’est pas LA raison de ces victoires, mais ça me laisse plus de possibilités de changer les choses. L’autre jour, j’avais déjà changé les côtés avant les vingt dernières minutes pour amener plus de percussion et de rapidité sur les côtés. J’avais les joueurs pour le faire et cela a payé sur la fin de match.

 

(BB) Est-ce que vous allez reconduire la même formation contre Schaffhouse ou est-ce que vous allez adapter en fonction de l’adversaire ?

 

On essaie toujours d’imposer notre jeu, d’avoir une entame forte, d’aller dans le terrain, de presser et de marquer. Dans cette ligue, c’est un sacré avantage de pouvoir marquer des buts parce que ça fragilise beaucoup l’adversaire. On doit marquer des buts car l’équipe qui gagnera le plus de matchs sera vers le haut du classement. Il n’y a pas photo entre un match nul et une victoire à trois points. On l’a vu récemment, on est quatrièmes, on gagne trois fois et on passe en tête. Aujourd’hui, on ne veut pas s’enflammer, on veut prendre match après match, l’envie qu’on présentera sur le terrain sera le garant du résultat. Le travail, la lucidité et l’intelligence de jeu nous permettront de gagner nos matchs à domicile.

 

“Pour nos supporters, on doit rester sérieux et continuer à travailler”

 

(BB) Vous aviez une défense solide, vous avez maintenant en plus une attaque qui commence à performer. Est-ce la clé pour les sommets ?

 

C’est vrai qu’on performe plus, mais on reste lucides, on doit encore améliorer pas mal de choses pour éviter les mauvaises surprises. Les buts à Kriens sont évitables, on aurait pu se positionner autrement. On a pris deux buts bêtes qui nous prouvent qu’on doit rester vigilants derrière. Et n’oublions pas qu’il nous faut à chaque fois trois occasions pour marquer un but. On doit donc devenir plus efficaces et réalistes devant. On est biens, on a une bonne dynamique de groupe qu’on doit continuer à développer, mais un coach doit rester vigilent, proche des joueurs et rappeler les choses qui ne vont pas. On doit encore travailler pour démontrer qu’on est vraiment une équipe à la hauteur de nos ambitions. Nos supporters rêvent tous de voir Servette le plus haut possible. Pour eux, on doit rester sérieux et continuer à travailler.

 


 

Chagas, ou le bonheur de jouer pour le Servette FC

 

Mychell Chagas, racontez-nous vos sensations après ce but à la 94e

J’étais content d’aider l’équipe à ramener une victoire de Kriens. C’était beaucoup d’émotions et très gratifiant.

 

Vous avez des bonnes statistiques (un but toutes les 95 minutes en moyenne). Comment vivez-vous cela ?

Je me sens bien, je travaille dur jour après jour pour que, quand le coach m’en donne la possibilité, je puisse entrer à fond dans le match et aider l’équipe au maximum.

 

Il y a beaucoup de concurrence en attaque. Comment la vivez-vous ?

Cette concurrence fait du bien à tout le monde. Nous sommes nombreux, ce qui me force à venir plus fort parce que je sais qu’il y a d’autres joueurs qui veulent aussi jouer. C’est nécessaire pour une grande équipe comme Servette d’avoir de la concurrence et personnellement j’aime vraiment cela.

 

Cela fait bientôt une année que vous êtes à Genève. Quel est votre regard sur ces quelques mois ?

Je suis arrivé en janvier, c’était une période d’apprentissage pour moi parce qu’ici, c’est assez différent de ce qui se fait en Suisse alémanique, on ne travaille pas de la même manière. Je me sens très bien ici maintenant, Servette c’est ma maison et le travail porte ses fruits actuellement !

 

C’est vrai que vous nous semblez être particulièrement bien ici. Est-ce que vous vous y attendiez en signant à Servette ?

L’ambiance est vraiment bonne et nous sommes comme une famille. On peut le voir lors de chaque entrainement et de chaque rencontre, chaque joueur joue pour les autres et nous combattons tous ensemble. C’est grâce à cette ambiance que nous en sommes où nous en sommes actuellement.

 

(BB) Est-ce que le coach vous a dit quelque chose de spécifique pour que les résultats deviennent soudain meilleurs ?

Non non, nous savons à quelle position nous sommes mais cela ne change rien, nous ne regardons pas à long terme mais plutôt match après match. Il y a quatre équipes avec 21 points, tout peut changer très vite. Nous savons que cela va être dur, mais si l’on gagne nos matchs, nous resterons où nous sommes.

 

(BB) A quel genre de match vous attendez-vous contre Schaffhouse ?

Nous savons que c’est toujours un adversaire difficile à affronter. C’est nécessaire que tout le monde soit prêt à 100%. Je pense qu’avec une bonne ambiance à La Praille, ça sera un bon match.