Les Grenat s’imposent 4-1 face au FC Vaduz. Le score est toutefois trompeur car il leur aura fallu près d’une heure pour se libérer avant de s’imposer tranquillement.

Sixième victoire consécutive et neuvième match sans défaite en championnat: oui, Servette est bien la meilleure équipe de Challenge League de cette première moitié de saison. Les Genevois sont même invaincus depuis maintenant trois mois, une performance qui ne semblait de loin pas aussi évidente lorsque ils enchaînaient les matchs nuls en septembre. Et si ces trois résultats frustrants et en demi-teinte avaient été le déclic pour tout un groupe qui a soudain pris conscience de ses capacités? On ne le saura sans doute jamais, mais toujours est-il que depuis ceux-ci et les deux défaites les armes à la main contre Lausanne et Lucerne, les Grenat ne perdent plus. La dernière équipe à être parvenue à les faire tomber “à la régulière” sur nonante minutes n’est autre que Vaduz le 12 août dernier. Autant dire que le match de hier revêtait une importance toute particulière pour les Servettiens.

 

Déjà privés des habituels Lang, Souaré et Busset, ils devaient en plus encaisser les forfaits de Sarr (blessé avec son équipe nationale), Antunes (malade) et surtout Sauthier, le valeureux capitaine ayant dû jeter l’éponge après l’échauffement. C’est donc Kastriot Imeri, milieu défensif de formation, qui devait dépanner au poste de latéral droit. Après avoir changé de numéro cet été pour imiter son idole Xhaka, le jeune Servettien recevait ainsi l’opportunité de coller un peu plus au style du Gunner, qui a lui aussi dû dépanner au poste de latéral récemment. Si l’on sentait pendant le match qu’il ne s’agissait pas son poste de prédilection, il aura tout de même plutôt bien rempli sa mission, avec l’aide il est vrai d’un Stevanovic qui n’a pas son pareil pour seconder à la perfection le joueur censé évoluer derrière lui, quitte à sacrifier une partie de son (immense) abattage offensif.

 

De son côté, Vaduz devait également composer avec les moyens du bord. Son co-meilleur passeur et maître à jouer Marco Mathys était suspendu, tandis que sa brigade défensive subissait une véritable hécatombe: son gardien habituel (Hirzel) ainsi que deux titulaires en puissance (Puljic et Bühler) devaient déclarer forfait pour ce match. Difficile donc d’aborder cette partie dans les meilleures conditions, ce d’autant plus que Benjamin Büchel, portier numéro deux dans la capitale liechtensteinoise propulsé devant le feu des projecteurs suite à la blessure de son collègue, n’avait pas de références solides à proposer dans son CV puisqu’il n’avait pas joué plus haut que la Première Ligue en Suisse et la quatrième division anglaise avant cette saison. Il fut toutefois à créditer d’un très bon match, réalisant quelques parades impressionnantes en deuxième mi-temps pour éviter aux visiteurs de repartir avec une valise supplémentaire dans la soute de leur car.

 

La première période fut totalement conforme à ce qu’Alain Geiger nous avait annoncé lors du point presse d’avant-match: un Vaduz aligné en 4-1-4-1 très bas pour verrouiller l’accès au but et une explosivité pour partir en contre-attaque bien supérieure à la moyenne. En l’absence d’Anthony Sauthier, on vit donc, une fois n’est pas coutume, le jeu servettien pencher à gauche avec un Séverin qui retrouvait son complice Cognat sur ce côté pour combiner et porter le danger en phase offensive plus souvent qu’à leur tour. On ne vit pourtant que peu de tirs cadrés des Genevois (quatre seulement) et aucun ne fut véritablement dangereux. Servette était pourtant largement maître du ballon (65% de possession) et se créait nombre d’occasions, mais le dernier geste restait souvent défaillant, comme une partition correctement apprise mais exécutée avec un léger temps de retard.

 

En ce qui concerne les visiteurs, les qualités de Dossou et Coulibaly, les deux milieux extérieurs, faisaient merveille lorsqu’il s’agissait de prendre à revers la défense des Grenat souvent positionnée très haut sur le terrain avec Routis et Rouiller qui manoeuvraient depuis la partie adverse du rond central. Le Béninois et le Français multipliaient leurs efforts pour semer pratiquement à chaque occasion le trouble dans l’arrière garde des locaux, profitant des espaces laissés par l’absence temporaire de couverture. Ce fut pourtant Babic qui se créa la plus grande opportunité sur un deux contre un. Heureusement, un sprint salvateur d’Alphonse combiné à un tacle sous forme de sacrifice de Cespedes permirent aux Genevois de maintenir le score vierge et de pouvoir continuer à évoluer à onze contre onze. En effet, l’arbitre, ne sachant que décider sur cette action, laissa la partie se poursuivre malgré le fait que l’attaquant tout de blanc vêtu se roulait de douleur et semblait effectivement avoir été touché sur cette séquence (il sera d’ailleurs contraint de quitter ses partenaires avant même la pause).

 

La seconde mi-temps débuta sur un faux rythme, faisant craindre que le retour aux vestiaires ait refroidi les ardeurs des deux équipes. Comme à Winterthour, c’est Schalk qui surgissait pour débloquer le compteur de son équipe aux alentours de l’heure de jeu. Ce fut suite à un corner très bien botté sur la tête de Routis, qui trouva son camarade au second poteau pour un but au doux parfum de malt distillé.

 

C’est ainsi que la partie s’emballa. Vaduz, qui jouait assurément le match nul, dût sortir quelque peu de sa réserve pour tenter d’accrocher ce point. Ce fut chose faite à peine neuf minutes plus tard suite à un enchaînement de longs ballons très bien négociés par les Liechtensteinois alors que le bloc servettien tardait à se remettre en place. Une première transversale gauche-droite de Sandro Wieser pour Coulibaly permettait de mettre dans le vent les quatre milieux de terrain Grenat. Ce même Coulibaly, laissé libre de ses mouvements par le duo Séverin-Cognat, n’en demandait pas temps pour ajuster une merveille de centre en profondeur vers le point de penalty où Tadic put devancer Routis et toute la défense pour ajuster Frick. 1-1, tout était à refaire pour les locaux, qui plus est par l’entremise de deux joueurs dont tout le monde redoutait le talent, Tadic ayant cette fâcheuse habitude de marquer à chaque fois ou presque qu’il affronte son ancienne équipe.

 

L’entrée de Maccoppi donna alors un nouvel élan au milieu servettien. Ce fut tout d’abord Alphonse qui se créa une double occasion sur une séquence initiée par Routis, puis Schalk sur une transversale du nouvel entrant qui permirent à Büchel de démontrer qu’il valait bien mieux que sa carte de visite ne le laissait penser. Sur le corner qui s’en suivit, Rouiller récupéra un ballon qui semblait filer en nouveau coup de coin (un défenseur ayant devancé Routis) et adressa un centre parfait pour Séverin dont le coup de tête rageur ne laissa aucune chance à ses adversaires. Servette reprenait donc l’avantage grâce à ses défenseurs, sans doute touchés dans leur orgueil par l’égalisation bêtement concédée auparavant.

 

Forcés à nouveau de se découvrir, les visiteurs laissaient logiquement plus d’espaces. Sur une contre-attaque servettienne menée à vive allure sur le côté gauche, un Liechtensteinois manquait totalement son ballon en retrait qui parvint jusqu’à Schalk, très opportuniste sur cette séquence. Il parvint à récupérer le ballon suite à la sortie en catastrophe de Büchel qui a semblé avant tout chercher à ne pas prendre de carton rouge (sachant que le troisième gardien du FC Vaduz n’a jamais évolué plus haut que la 2e Ligue régionale, soit la 6e division helvétique, on peut le comprendre) et à pousser le cuir au fond des filets pour inscrire son premier doublé à Genève.

 

A 3-1 et moins de dix minutes restantes au chronomètre, la messe était dite et ce fut surtout les remplaçants Grenat qui cherchèrent à se mettre en évidence dans les derniers instants de cette partie. On vit ainsi souvent Maccoppi, probable titulaire face à Chiasso en l’absence de Cespedes (suspendu) et Follonier. C’est d’ailleurs d’un centre de ce dernier suite à un corner cafouillé par les joueurs de Vaduz que Chagas inscrivit le 4-1 dans les arrêts de jeu pour conforter son statut d’attaquant servettien le plus prolifique (cinq buts, un de moins que Wüthrich, milieu de terrain très offensif). Une victoire en apparence facile donc, mais qui ne doit pas faire occulter ces soixante premières minutes un ton en deça des dernières sorties victorieuses.

 


 

S’il ne fallait retenir qu’une seule chose…

 

De positive

 

Le doublé de Schalk. Après avoir inscrit son premier but à Winterthour et avoir été le seul buteur du match amical contre Chênois, l’attaquant néerlandais était attendu au tournant. Poudre aux yeux ou véritable déclic ? Avec ce doublé et un travail de tous les instants dans le jeu, il a clairement démontré que la deuxième option était la bonne. On ne peut que s’en réjouir!

 

A améliorer

 

Le réalisme. Cela peut paraitre paradoxal lors d’une victoire 4-1, mais Servette aurait dû tuer le match en première mi-temps. Que d’occasions manquées, que de centres gaspillés par les joueurs dans la surface et que de tirs alibis pris à l’extérieur de celle-ci dans des positions défavorables! On dira que la longue pause internationale a déréglé certaines choses et qu’il fallait simplement un peu de temps pour que chacun retrouve ses marques…

 


 

Interview d’après-match : Alex Schalk (en anglais)

 

Alex Schalk répond aux questions de Bastien Trottet et Blaise Bugyil

 


 

Servette FC – FC Vaduz 4-1 (0-0)

Stade de Genève, 2’742 spectateurs.

Arbitre : M. Horisberger.

Buts : 57′ Schalk (1-0), 66′ Tadic (1-1), 73′ Séverin (2-1), 82′ Schalk (3-1), 90+1′ Chagas (4-1).

Servette : Frick; Imeri, Routis (C), Rouiller, Séverin; Cespedes (69′ Maccoppi); Stevanovic, Wüthrich, Cognat (77′ Follonier); Schalk (88′ Duah), Alphonse (73′ Chagas). Coach : Geiger.

Vaduz : Büchel; Von Niederhäusern (85′ Vitija), Muntwiler (C), Wieser, Göppel; Gajic; Dossou, N. Frick (75′ Blasucci), Lüchinger (82′ Brunner), Coulibaly; Babic (44′ Tadic). Coach : M. Frick.

Avertissements : 35′ Dossou, 53′ Cespedes (suspendu au prochain match).

Notes : Servette sans Sauthier, Lang, Souaré, Sarr, Busset (blessés), Antunes (malade) et Kone (permis de travail). Sauthier était incertain et a dû renoncer lors de l’échauffement. Il était remplacé sur le banc par Nicolas Vouilloz (M18/M21). Vaduz sans Mathys (suspendu), Hirzel, Mikus, Drazan, Puljic et Bühler (blessés).