A peine remis de leurs émotions, les Grenat affrontent Rapperswil ce soir à la Praille (dès 19h45 sur notre webradio). L’occasion pour Alain Geiger de donner du temps de jeu aux habituels remplaçants.

 

Depuis le début de la saison, l’entraîneur servettien a clairement défini les rôles au sein de son équipe. Treize à quatorze joueurs font partie des titulaires, le reste est composé de remplaçants chargés d’amener de la fraîcheur physique et mentale dans la dernière demi-heure, permettant ainsi à ceux qui commencent le match de tout donner sur une période plus courte qu’à l’ordinaire. Malgré une qualité certaine sur le banc, tout le monde a plus ou moins bien accepté la situation grâce notamment à ces retournements de situation improbables tout au long de la saison et à l’adage qui veut qu’on ne change pas une équipe qui gagne. La pression des résultats étant maintenant plus faible, les habituels remplaçants vont donc pouvoir faire leurs preuves en cette fin de saison. Cela commence ce soir !

 

Nous avons pu rencontrer Jérémy Frick, Kastriot Imeri et Alain Geiger pour discuter de cette semaine un peu folle et de ses conséquences. Comme d’habitude, ces interviews ont été réalisées en collaboration avec Blaise Bugyil (Radio Lac) dont les questions sont mentionnées comme telles.

 


 

Frick se réjouit de fêter la promotion avec les fidèles

 

(BB) Jérémy Frick, comment s’est passé ce week-end de promotion ?

 

C’était un week-end intense. Déjà sur le terrain pendant le match, et notamment pendant les cinq dernières minutes où l’on savait au fond de nous qu’on allait être promus. On se regardait entre nous, on avait tous le même sentiment. On a bien fêté en équipe avec tout le club, que ce soit les joueurs ou les gens du bureau (il lance un regard amusé au chef de presse, qui assiste aux interviews, ndlr). C’était un très beau week-end qui va se prolonger encore cette semaine et jusqu’à la fin de la saison.

 

Tellement d’émotions

 

(BB) Est-ce qu’il y avait un souffle nouveau à l’entraînement ?

 

Bien sûr qu’on en a beaucoup parlé de cette promotion. Mais on ne va pas se mentir, on savait dans nos têtes que c’était quasiment fait. On était évidemment plus heureux que d’habitude, les entraînements se sont fait dans la joie et la bonne humeur, comme depuis un bon moment dans ce championnat.

 

Ramener du monde au stade était aussi un objectif cette saison (© Fred Curtet)

 

Vous étiez aux premières loges pour voir l’émotion grandissante du public pendant ce match. Comment l’avez-vous vécu ?

 

Déjà rien que pour l’échauffement, il y avait plus de monde que d’habitude, ça surprend. On était excités, mais il n’y avait pas d’appréhension car l’objectif de cette saison était certes la promotion, mais aussi de ramener du monde au stade. Là, l’objectif a été doublement accompli. Plein de joueurs attendaient un match pareil depuis bien longtemps et j’en fais partie. Après le premier envahissement inattendu, c’était compliqué de se remettre dedans. Heureusement pour nous, il ne restait que deux minutes. Nous allons nous souvenir de ce match toute notre vie. Même ceux qui n’ont pas joué ont trouvé que c’était quelque chose de fantastique et d’inoubliable.

 

Son premier “CSC”…

 

Sauthier nous disait après le match qu’il vous avait tout de suite réconforté après votre petite erreur en vous disant que c’était la seule de la saison et qu’il ne fallait pas vous en faire. Qu’en dites-vous ?

 

Heureusement, tout se passe bien, derrière on gagne le match. Moi, je suis plutôt satisfait de mon match. J’ai fait une erreur, c’est clair, mais j’en ai déjà fait et j’en referai encore, comme tous les gardiens du monde. Pendant le match, je rigolais avec Sauthier parce que c’est le premier « CSC » de ma carrière et il fallait qu’il arrive à ce match-là. Je suis content de moi parce que j’ai su rester dans le match et être décisif en deuxième mi-temps. Contre toute attente, c’était un match très très tranquille pour moi. J’ai bien fini mon match et j’espère bien finir ma saison également. C’est une boulette, on aimerait bien éviter c’est sûr, mais ça fait partie de l’histoire de ce match.

 

“On se réjouit de recevoir des grosses écuries et de montrer ce qu’on vaut contre eux”

 

Vous avez récemment prolongé votre contrat et le club est officiellement en Super League. On imagine que vous devez vous réjouir de la saison prochaine ?

 

C’est clair, je m’en réjouis énormément, comme tous les joueurs d’ailleurs. J’en parlais encore avec Stevanovic cette semaine, on se réjouit de recevoir des grosses écuries comme YB ou Bâle et montrer ce que l’on vaut contre eux. On a hâte également de découvrir de nouveaux stades que personnellement, je ne connais pas. C’était un objectif depuis que je suis revenu en Suisse de jouer au plus haut niveau. Cela devrait être le cas, mais il faut encore patienter quelques mois. D’abord il faut terminer correctement cette saison. Il y a encore trois matchs qui sont importants et que l’on va jouer à fond. C’est le message du coach et du club.

 

Un gros contraste

 

(BB) Il y avait beaucoup de monde contre Lausanne. A quoi vous attendez-vous pour Rapperswil ?

 

Déjà, on joue un jeudi soir, on sait que ça sera plus compliqué, d’autant que Rapperswil n’est pas une affiche très alléchante. Le beau temps ramènera peut-être un peu de monde, mais bon, on ne s’attend pas à grand chose. Le contraste sera énorme, surtout six jours après. On sait que les fidèles supporters, ceux qui étaient là depuis le début de saison, seront là et l’affluence sera sympathique. On espère avoir à nouveau beaucoup de monde pour le match contre Kriens et la remise du trophée.

 

“Je prépare chaque match comme si je devais le jouer parce que tout peut arriver en une soirée ou même pendant le match”

 

(BB) Apparemment Alain Geiger prévoit des changements dans l’équipe. Que vous a-t-il dit ?

 

Le coach nous a fait comprendre que pour lui, l’objectif était de rester à fond dans le championnat. Bien sûr, il y aura quelques ajustements, tout simplement parce qu’il y a quelques blessés, des gars qui ont forcé ces derniers matchs. Après, personnellement, je ne sais pas du tout ce qu’il y aura comme changements. Je me doute que je vais probablement faire partie de ces joueurs qui pourraient être laissés au repos pour ce match. En tout cas, je prépare chaque rencontre comme si je devais la jouer, même quand je sais que cela ne sera pas le cas, parce que tout peut arriver en une soirée, ou même pendant le match.

 


 

Pour le staff, la saison prochaine a déjà débuté

 

(BB) Alain Geiger, la promotion étant acquise, quelles ambitions avez-vous pour ces trois derniers matchs ?

 

C’est toujours un petit peu pareil : on cherche à gagner nos matchs tout en présentant un beau jeu porté vers l’avant. On veut rester dans la dynamique et l’envie de ce qu’on a tracé tout au long de la saison. Être champion avant les trois dernières journées, c’est l’apothéose. A nous d’être sérieux, le football demande toujours de la concentration et de l’engagement. On doit continuer à progresser, notre saison ne s’arrête pas à ce titre, on doit continuer à avancer.

 

Impliquer tout le monde pour éviter de passer au travers

 

(BB) Est-ce qu’il y a malgré tout un risque de décompression ?

 

Oui, certainement, mais il peut être contrebalancé par le plaisir d’être champion. Pour ce match, je vais donner la possibilité à des gars qui ont moins joué de commencer la partie. Je ne veux pas trop prendre de risques avec les joueurs qui ont eu des problèmes de santé. L’idée, c’est de donner un peu de fraîcheur à l’équipe et du temps de jeu à des joueurs qui le mérite.

 

Kastriot Imeri, un “Lausanne-killer” de même pas 19 ans (© Fred Curtet)

 

(BB) Certains seront donc au repos s’ils ne sont pas à 100% ?

 

Oui, exactement. Par exemple Dennis Iapichino souffre de son tendon rotulien, je vais sûrement le ménager pour la fin de saison afin qu’il puisse se préparer au mieux pour le prochain championnat.

 

Il semblerait que d’autres joueurs comme Alphonse soient annoncés incertains. Qu’en est-il ?

 

L’idée est assez globale : plusieurs joueurs qui ont été remplaçants cette saison vont commencer. Des gars comme Sarr, Mfuyi, Kiassumbua, Follonier ou Chagas vont être lancés en début de partie.

 

L’importance des “joueurs de devoir”

 

On sait que Chagas aurait voulu être plus souvent titulaire. Est-ce aussi un moyen de le tester en vue de la saison prochaine ?

 

C’est clair qu’il aurait bien aimé jouer plus, mais ce n’est pas forcément ce que je recherche pour demain. Ces entrants ont été formidables et ils méritent de débuter le match. J’avais des choix à faire et des priorités, chacun avait une fonction et un rôle précis. C’est important pour un entraîneur. Pour Chagas, il était plus important pour nous en terminant les matchs qu’en les débutant. C’est pour cela qu’il a eu ce rôle.

 

Severin et Iapichino blessés, c’est donc Busset qui va débuter le match ?

 

Busset est malheureusement aussi indisponible… Le flanc gauche est vraiment maudit au Servette FC ! Quand je suis arrivé, on m’a dit que cela faisait trois ans qu’on n’avait pas de côté gauche. On a recruté du monde et là, ils ont tous des soucis. On va donc mettre un vrai soldat à cette position : Sally Sarr, qui a déjà parfois dépanné à ce poste.

 

(BB) Donc pas de tests, uniquement un tournus au sein du groupe ?

 

Non, on va rester avec les dix-huit joueurs habituels, simplement que des titulaires vont se retrouver sur le banc et inversement.

 

Ce derby était l’apothéose dans sa carrière

 

Revenons quand même un peu sur ce match contre Lausanne. Avec du recul, comment l’avez-vous vécu ?

 

On est contents car c’était la fête du football cantonal, le tout dans un derby. Le calendrier nous a permis de faire ce point qui nous manquait dans un derby et devant un stade très chaud. Tout le monde a pu ressentir la force historique de ce club. Le plaisir a été énorme pour les joueurs, pour les entraîneurs et pour le public. C’était un moment de communion sportive. J’avais toujours dit aux gars qu’il y avait beaucoup de monde qui s’intéressait à Servette, mais que c’était à nous de construire l’avenir de Servette dans le présent. On est tout à fait heureux d’avoir une récompense comme celle-ci en fin de saison. Obtenir une victoire dans un derby pour fêter la promotion, c’était l’apothéose, tout était réuni. Les gars ont réalisé un super match. Chapeau aux joueurs.

 

Vous avez vécu beaucoup de derbys dans votre carrière, que ce soit comme joueur ou comme entraîneur. Celui-ci, vous le placez à quel niveau ?

 

Celui-là, c’est l’apothéose ! Il a une signification qui dépasse son étiquette habituelle vu qu’il nous permet de devenir champion de Challenge League, le seul titre que le club n’avait pas encore eu. Maintenant on y est, on l’a fait.

 

“Les joueurs qui joueront doivent aussi prouver leur valeur et montrer qu’ils ont envie de porter le maillot Grenat”

 

(BB) D’une certaine manière, est-ce que la saison prochaine débute avec ce match contre Rapperswil ?

 

Si on veut, parce qu’on aimerait bien finir ce championnat. Si on a une fin de championnat dynamique, on aura automatiquement un début de suivant plus dynamique également. De plus, les joueurs qui joueront doivent aussi prouver leur valeur et montrer qu’ils ont l’envie de jouer et de porter le maillot Grenat. Ils doivent faire leur match et ressortir avec une victoire car, comme pour un coach, le résultat est le premier critère de jugement.

 


 

Imeri, un remplaçant en or

 

Kastriot Imeri, vous devez presque regretter de ne plus affronter Lausanne la saison prochaine…

On m’a dit que j’étais leur bête noire, je ne sais pas trop pourquoi… (rires) Sur les deux derniers matchs contre eux, j’ai pu marquer et mettre l’équipe à l’abri. J’en suis très content.

 

Vous vous rendez compte qu’avec ces deux buts, vous avez plus ou moins envoyé Servette en Super League ?

C’est un bien grand mot ! Je marque le 3-1 et c’était une délivrance pour tout le monde. On était un peu tendus parce qu’on ne savait pas si on allait prendre le 2-2. J’ai su mettre le pied au bon endroit, c’est le plus important.

 

Juste après votre entrée en jeu, vous passez à quelques centimètres de marquer. On s’est dit alors au commentaire qu’il vous en fallait une d’échauffement. On ne croyait pas si bien dire…

(rires) Je n’ai pas réussi à la prendre comme je voulais alors que la deuxième était beaucoup plus compliquée et finit au fond. Allez savoir pourquoi !

 

Cette promotion en Super League, est-ce un rêve qui se réalise ?

Bien sûr. Après, mon rêve, c’est de finir dans un grand club. Maintenant, je voulais aller en Super League, ça se fait avec Servette, j’en suis encore plus content. Genève mérite d’avoir une équipe au plus haut niveau.

 

On entend parfois d’autres journalistes dire que Servette aurait besoin d’un renfort au poste de milieu défensif. Est-ce que finalement, ce renfort ne pourrait pas être vous ?

Ça, c’est à vous d’en débattre ! Le coach a fait un choix. Personnellement, j’ai eu pas mal de blessures qui m’ont freiné. C’est le club qui décidera du recrutement, mais je vais faire le maximum pour prendre une place de titulaire l’année prochaine.

 

Vu qu’Alain Geiger envisage de faire tourner l’effectif contre Rapperswil, est-ce que vous vous attendez à jouer plus ces prochains matchs ?

Je ne sais pas du tout ce que le coach a en tête. J’attends d’avoir du temps de jeu, mais c’est à l’entraîneur de décider. C’est lui qui aura le dernier mot.