Servette avait pris l’habitude de gagner ses matchs (trop) facilement depuis plusieurs semaines, même en ne présentant pas son meilleur football. Il a fallu l’intervention d’Aarau, la seule équipe de Challenge League capable de rivaliser avec les Grenat cette saison, pour ramener tout le monde sur terre.

 

Commençons par cette incroyable statistique : le FC Aarau n’avait plus gagné à Genève depuis plus de 22 ans, soit depuis le 1er décembre 1996. Aussi fou que cela puisse paraitre, ils n’avaient ainsi jamais remporté un seul match au Stade de Genève. Pire encore, sur les onze Argoviens titulaires, trois n’étaient pas encore nés lors de cette dernière victoire. Autant dire ces trois points remportés par les visiteurs ont une saveur toute particulière, presque historique.

 

Servette tient son rang en première mi-temps

 

Pourtant, tout ne s’annonçait pas aussi facile pour eux. Ils affrontaient le grand Servette FC, invaincu dans son stade depuis le mois d’août (et encore, dans des conditions très particulières), tout en étant privé de leur patron défensif (Nicolas Bürgy, suspendu) et en étant dans l’obligation de s’imposer pour croire encore quelques temps à une qualification pour le barrage. De leur côté, les Genevois restaient sur dix matchs sans défaite, une série en cours depuis deux mois et demi, et disposaient de pratiquement tout leur contingent habituel à l’exception de Severin. Alors certes, les pensionnaires du Brügglifeld restaient également sur une belle série de huit matchs sans faux-pas, mais ils ne paraient tout de même pas favoris dans ce duel.

 

Alex Schalk, plein d’abnégation, inscrit le 1-0 (© Bastien Gallay)

 

Le début de rencontre ne nous faisait d’ailleurs pas mentir. Après une demi-heure, les locaux menaient déjà 1-0 (Schalk, en renard des surfaces, après un bon tir de Stevanovic repoussé par Nikolic) et déroulaient tranquillement. Ils marquèrent même le 2-0 mais celui-ci fut à juste titre refusé pour un hors-jeu de Kone. En face, les Argoviens étaient inexistants. Karanovic et Tasar, l’ancien et le futur servettien, tentaient bien quelques incursions dans le camp adverse, mais rien de bien inquiétant pour la défense Grenat. Les Genevois avaient la mainmise sur le jeu mais le score n’évolua pas malgré plusieurs opportunités en or, la faute à la malchance (parfois) et à un festival de mauvais choix au moment de la dernière passe (surtout).

 

Des occasions, mais pas de K.O.

 

A la pause, on se dit dans les coulisses de la Praille que Servette a pour une fois bien réussi sa première période et devrait mener largement au score. Mais d’aucuns (dont votre serviteur) étaient également conscients que le pire était peut-être à venir, les Grenat ayant la fâcheuse tendance depuis le début de la saison de ne disputer qu’une seule mi-temps de haut vol. Pourtant, dès la reprise et durant un quart d’heure, les locaux continuèrent de dominer leur sujet de la tête et des épaules. Comme à Winterthour une semaine auparavant, ils tentèrent de faire évoluer immédiatement le tableau d’affichage. Mais comme ce fut déjà le cas avant le thé, le ballon ne daignait pas franchir la ligne.

 

On connait la rengaine, à force de ne pas concrétiser ses occasions, c’est l’adversaire qui en profite. Patrick Rahmen, l’entraîneur des visiteurs, eut le nez fin en faisant entrer Frontino pour le dernier quart du match. Opportuniste, l’ancien Schaffhousois (passé par Thoune et Winterthour également) ne se fit pas prier pour exploiter les espaces défensifs qu’il avait pu constater depuis le banc. En quatre minutes, il alerta deux fois Frick. Sa première tentative, trop molle, fut captée sans difficulté par le portier servettien. La seconde, plus chanceuse, prit tout le monde par surprise et termina au fond des filets.

 

Des changements décisifs… pour Aarau

 

Cumulées aux sorties de Schalk (très remuant et plus en réussite que ces derniers temps) et de Maccoppi (très précieux dans le travail de couverture des deux défenseurs centraux très offensifs que sont Routis et Rouiller), l’entrée de Frontino fut en réalité le tournant du match. Quoi qu’en disent les statistiques, cette égalisation n’était pas totalement imméritée puisqu’Aarau avait fait le dos rond jusqu’ici, acceptant de subir le jeu tout en sortant petit à petit ses griffes.

 

Ce but eut le mérite de réveiller quelque peu les Grenat pendant dix minutes. Ils se créèrent quelques occasions, mais le ballon semblait ne jamais vouloir se diriger vers les filets adverses. Et sur une nouvelle erreur de concentration en phase défensive, les Argoviens parvinrent à inscrire le 1-2. Neumayr joua rapidement un coup-franc à mi-terrain qui força Frick à une parade désespérée alors qu’aucun servettien n’avait suivi l’action. Sur le corner qui suivit, le défenseur Schindelholz posa un ciseau retourné exécuté à la perfection pour transpercer les sept (!) joueurs Grenat présents dans la surface de réparation. Stupeur à la Praille.

 

Quand ça veut pas…

 

Dès lors, Servette se rua à l’attaque, passant même à une tactique de 3-4-3 pour le dernier quart d’heure, mais il était écrit que les Genevois ne parviendraient pas à inscrire plus d’un but en ce 27 avril. Malgré plusieurs bonnes opportunités (notamment par Wüthrich et Kone) ainsi qu’un double corner en fin de temps additionnel où même Frick, monté à l’abordage, passa proche de sauver les siens, le score n’évolua plus.

 

Les Servettiens concèdent ainsi leur première défaite à domicile en championnat depuis le 31 août dernier, soit pratiquement neuf mois d’invincibilité. Avec la victoire de Lausanne contre Winterthour vendredi, le SFC réalise ainsi la mauvaise opération de cette 31e journée, les Vaudois revenant ainsi à huit points de leurs rivaux. Malgré tout, cette petite erreur de parcours pourrait avoir un aspect bénéfique, telle une piqure de rappel, afin de montrer à tout le monde que la promotion n’est pas encore tout à fait acquise et qu’elle ne le sera qu’en terminant le travail sérieusement. Par contre, si elle devait être suivie d’une nouvelle sortie de route à Schaffhouse dans une semaine, on pourrait imaginer un scénario catastrophe en cas de victoire lausannoise contre Aarau dans le même temps puisque le LS pourrait débarquer à la Praille avec cinq petits points de retard et en ayant gommé la moitié de son passif. Vigilance et concentration devront donc être au programme ces prochains jours pour les Grenat!

 


 

Si l’on ne devait retenir qu’une seule chose…

 

Positive

 

Alex Schalk et Sébastien Wüthrich. Une fois n’est pas coutume, ces deux joueurs qui ont pu paraitre moins en réussite depuis quelques temps ont tiré l’ensemble de leur équipe vers le haut pendant une heure de jeu. La sortie de Schalk aussi tôt dans le match était à notre sens dommageable tant il semblait encore capable d’apporter du trouble dans la défense adverse.

 

A améliorer

 

La concentration en phase défensive. Encore et toujours. Non, promis, nous n’avons aucune volonté de faire un copier-coller de cette rubrique chaque semaine, mais Servette encaisse beaucoup trop régulièrement des buts évitables en 2019. Ce n’est d’ailleurs pas anodin si les Genevois n’ont plus la meilleure défense du championnat. A force de toujours trouver un moyen de retourner le score, ils en oublient petit-à-petit les fondamentaux défensifs. Sur les six buts encaissés lors des trois derniers matchs, peu d’entre-eux étaient vraiment dus au génie adverse. Un point à gommer très vite pour ne pas se faire des frayeurs inutiles d’ici la fin de la saison !

 


 

Réactions d’après-match

 

Alain Geiger

 

Christopher Routis

 


 

Servette FC – FC Aarau 1-2 (1-0)

Stade de Genève, 4’318 spectateurs.

Arbitre : M. Fähndrich.

Buts : 26′ Schalk (1-0), 68′ Frontino (1-1), 73′ Schindelholz (1-2).

Servette : Frick; Sauthier (C), Routis, Rouiller, Iapichino (76′ Chagas); Maccoppi (68′ Imeri); Stevanovic, Wüthrich, Cognat (76′ Follonier); Kone, Schalk (65′ Alphonse). Coach : Geiger.

Aarau : Nikolic; Giger, Leo, Schindelholz, Obexer; Jäckle, Zverotic (C); Schneuwly (76′ Maierhofer), Neumayr (84′ Pepsi), Tasar (88′ Misic); Karanovic (64′ Frontino). Coach : Rahmen.

Avertissements : 57′ Tasar, 68′ Frontino, 68′ Frick, 70′ Wüthrich, 90+1′ Maierhofer.

Notes : Servette sans Lang, Severin, Busset (blessés), Sarr (étranger surnuméraire), Duah et Antunes (non-convoqués). Aarau sans Bürgy (suspendu), Peralta (blessé), Hammerich, Liechti, Mehidic, Rossini et Almeida (non-convoqués).