Les Grenat sombrent à nouveau contre Lausanne (1-4) et terminent la rencontre à neuf. Les joueurs ne s’en cachent pas, c’est la tête qui ne suit plus.

 

Il y a encore deux semaines, Servette était quasiment favori pour terminer dauphin des Young Boys et conclure cette 2e saison en Super League sur une finale de Coupe au Wankdorf. Mais en l’espace de quelques jours, les Genevois ont laissé ce scénario de rêve leur glisser entre les doigts. La raison s’avère aussi simple que cruelle: les têtes servettiennes ont lâché depuis que le maintien a été officialisé.

 

Un relâchement largement compréhensible après une première saison dans l’élite conclue au pas de charge pendant l’été et marquée par une qualification pour l’Europa League qui s’est transformée en cadeau empoisonné. Cette aventure européenne leur a en effet raccourci à la fois les vacances et la préparation estivale, tandis que leur préparation hivernale a ultérieurement été écourtée par une quarantaine. Difficile dans ces conditions de tenir la distance d’un championnat disputé sur un rythme effréné (deux matchs par semaine depuis mi-novembre).

 

Les joueurs de foot, s’ils sont privilégiés sur plusieurs aspects, restent avant tout des êtres humains et cette situation particulière qui s’éternise, avec des protocoles sanitaires stricts pour eux et des stades déséspérément déserts, allait logiquement finir par leur peser à un moment donné. Pour le SFC, elle aura eu le bon goût d’attendre d’avoir assuré ses arrières pour frapper. Ce n’est pas forcément le cas d’autres équipes, à l’image d’un FC Saint-Gall qui ne presque gagne plus en championnat depuis plusieurs mois et qui se retrouve en danger de relégation après avoir lutté pour le titre jusqu’en fin de saison passée.

 

Un derby en mai à la Praille se disputait en 2019 avec 20’000 spectateurs. En 2021, il n’y en a plus que 100… (© Bastien Trottet)

 

Peut-être que cette fatigue mentale aurait pu être atténuée par Alain Geiger en gérant mieux son effectif, lui qui alignait son équipe-type pour la 4e fois en moins de deux semaines (à l’exception de Sasso et Severin qui alternent leur position en défense centrale). Peut-être, mais ce n’est même pas sûr, tant les batteries semblent à plat pour tout le groupe et pas seulement pour les titulaires.

 

Preuve s’il en est, les expulsions de Sasso à peine 25 minutes après son entrée en jeu pour deux cartons jaunes logiques, puis de Kone après un rouge direct pour une faute maladroite mais dangereuse sur Tsoungi moins de 20 minutes après que l’Ivoirien ait relayé Kyei. Deux joueurs remplaçants au coup d’envoi qui n’ont pu aider leurs coéquipiers que quelques minutes seulement avant de perdre leur sang-froid. L’illustration ne pouvait (malheureusement) pas mieux tomber.

 

 

Quant au match en lui-même, pas grand-chose à signaler tant il a été conforme aux trois derniers affrontements entre rivaux lémaniques. Lausanne a pressé la défense servettienne à trois voir quatre joueurs pendant le premier quart d’heure, ce qui a suffit pour obtenir un corner et le convertir. Par la suite, l’excellent Da Cunha n’a pas eu trop à forcer son (grand) talent pour slalomer au milieu de genevois apathiques n’osant pas commettre de faute pour l’intercepter (peur de la suspension?).

 

Les locaux ont certes réagi par l’intermédiaire d’une contre-attaque rondement menée par Kyei et Stevanovic, mais l’espoir n’a duré que sept minutes, le temps pour Da Cunha d’effectuer sa 2e manche, avec cette fois-ci Bolingi à la conclusion pour le doublé. A 1-3 à la 35e minute et des Servettiens assommés, la rencontre était d’ores et déjà très mal emmanchée. S’il y a toutefois eu un sursaut d’orgueil en début de seconde mi-temps, il n’aura duré que jusqu’à l’heure de jeu environ. Insuffisant pour espérer revenir au score face à la fougue de la jeunesse lausanno-niçoise.

 

Servette s’incline au final 1-4 après une ultime réussite de Brazao, seul au milieu d’une défense démobilisée en fin de rencontre, mais profite de la défaite de Lugano et du match nul de Lucerne pour conserver la 3e place avec un point d’avance sur les hommes de Celestini et ceux de Contini. Une place sur le podium qu’ils devront tenter de conserver samedi du côté de Vaduz (prise d’antenne à 20h15 sur GE-Sports) et, si possible, en améliorant leur différence de buts catastrophique (-12, la même que Sion, seuls les Liechtensteinois font pire).

 


 

Que retenir de cette rencontre ?

 

De positif

 

La lucidité à l’interview. Tant le capitaine Anthony Sauthier que l’entraîneur Alain Geiger n’ont pas hésité à reconnaître les problèmes actuels de l’équipe. Tous deux fustigent l’absence de combativité tout en concédant que cette interminable saison étrange leur pèse sur le moral. Ils admettent également que la performance du jour était indigne du Servette FC, mais veulent encore croire au podium, et donc à une qualification européenne, même si l’on sent à mots couverts que cette qualification ne les arrangerait pas forcément.

 

Il ne reste plus que deux matchs. Une saison entière disputée à huis-clos sur le rythme de deux rencontres par semaine, c’est usant et lassant pour tout le monde. Joueurs, techniciens, journalistes, supporters, suiveurs, tous s’accordent à dire qu’il est grand temps d’en terminer, tant le niveau de jeu global du championnat s’en est ressenti ces dernières semaines. Dans 10 jours, tout le monde pourra savourer deux mois de vacances bien méritées.

 

A améliorer

 

La combativité, le réalisme, la solidité défensive, etc. Rien ou presque n’est à garder de ces dernières parties, mais pas grand-chose n’a de véritable incidence sur l’avenir du club non plus. Cette saison est pour ainsi dire terminée, la place à laquelle terminera le Servette FC n’ayant au final qu’une valeur purement honorifique et la qualification pour la nouvelle Conference League comportant autant d’avantages que d’inconvénients.

 


 

Réactions d’après-match

 

Anthony Sauthier

 

 

Alain Geiger

 

 

Giorgio Contini

 

 


 

Servette FC – FC Lausanne-Sport 1-4 (1-3)

Stade de Genève, 100 spectateurs (huis-clos partiel).

Arbitre : M. Cibelli.

Buts : 11′ Bolingi (0-1), 19′ Da Cunha (0-2), 28′ Kyei (1-2), 35′ Bolingi (1-3), 78′ Brazao (1-4).

Servette : Frick; Sauthier (C), Rouiller, Severin, Clichy; Ondoua (46′ Sasso); Valls, Cognat (80′ Cespedes); Stevanovic (80′ Fofana), Kyei (63′ Kone), Schalk (63′ Imeri). Coach: Geiger.

Lausanne : Diaw; Boranjasevic, Loosli, Jenz, Tsoungi, Suzuki (80′ Schmidt); Barès (75′ Cueni), Kukuruzovic (C); Da Cunha (59′ Brazao); Guessand (75′ Zekhnini), Bolingi (59′ Mahou). Coach: Contini.

Avertissements : 14′ Jenz, 51′ Sasso, 90+3′ Imeri, 90+4′ Zekhnini.

Expulsions : 70′ Sasso (deuxième avertissement), 82′ Kone (jeu dangereux).

Notes : Servette sans Henchoz, Guerin (blessés), Diallo, Martial, Alves, Antunes, Vouilloz, D. Monteiro et Pédat (non-convoqués). Lausanne sans Puertas (suspendu), Falk, Mastil, E. Monteiro, Geissmann, Flo, Zohouri, Nanizayamo, Turkes (blessés), Ouattara et Lukembila (non-convoqués). (BT)