Sans briller, Servette s’impose facilement 4-1 contre Rapperswil. Un score sévère pour des Saint-gallois qui n’ont pas démérité face à des Servettiens qui sont apparus comme craint passablement émoussés.

 

Le football a cela de génial qu’il peut être totalement imprévisible. Servette en fait régulièrement l’expérience avec son style de jeu offensif car il dépend de la fulgurance de certains joueurs autant que de la répétition des efforts pour tenter d’amener un effet différent à chaque essai. Et dans un match qui semblait compliqué à disputer (le froid, la proximité de la pause hivernale, l’adversaire en crise quelques jours après un derby énergivore), c’est bel et bien les petits détails qui ont fait de cette rencontre une partie au scénario à la fois d’une froide logique et pourtant si difficile à appréhender.

 

Oui, les Grenat étaient plus forts dans tous les compartiments du jeu. Oui, malgré l’ouverture du score des visiteurs, il semblait impossible que les Genevois perdent ce match-ci, quand bien même ils ne l’auraient jamais remporté il y a encore six mois. Oui encore, le SFC a joué à se faire peur. On l’a déjà vu à maintes reprises, son pire adversaire cette saison, c’est lui-même. Quand le collectif fonctionne, il est inarrêtable. Si d’aventure il se grippe, il reste toujours les individualités pour reprendre la main. Et au besoin, les quatre remplaçants Grenat sont là pour venir faire la différence au moment où l’adversaire commence à croire sérieusement en ses chances.

 

C’est un petit peu de tout cela que les locaux ont saupoudré la rencontre. Peu concentrés et trop attentistes par moment, solidaires et volontaires à d’autres (le double sacrifice de Routis au quart d’heure de jeu n’est pas sans rappeler le quotidien d’un certain Daniel Vukovic), ils ont alterné le chaud et le froid en première période. S’ils ont eu des actions intéressantes par Sauthier, Stevanovic ou Schalk notamment, ils se sont également fait prendre à revers plus souvent qu’à leur tour. Sans un très bon Kiassumbua (comme au match aller, quelle impressionnante sensation de sérénité et de maîtrise!) et quelques ratés de Rapperswil, nul doute que le score aurait pu être plus sévère. Cette ouverture du score à la 42e n’aura été au final qu’une piqure de rappel pour des Servettiens désormais obligés de réagir.

 

Recadrés par leur entraîneur à la pause (voir interview ci-dessous), ils revinrent sur le terrain dans de biens meilleures dispositions. Les Grenat monopolisèrent le ballon pendant tout le premier quart d’heure. Ils le perdirent une seule fois (à la 51e), ce qui offrit une action qui avait largement le poids du 0-2. Heureusement pour eux, leur portier était très attentif et réalisa une parade de grande classe. Dans la continuité ou presque, Cognat récupéra le cuir avec une bonne dose d’abnégation puis servit Alphonse. Le Guadeloupéen manqua sa passe en profondeur pour Kone mais Schmied (dont c’était le premier match à ce niveau) ne le sentit pas et manqua son tacle qui trompa son propre gardien. Qui a dit sport imprévisible?

 

Dès l’égalisation, il n’y eut plus qu’une seule équipe sur le terrain. La machine servettienne était lancée et plus rien n’allait l’arrêter. Sur l’action suivante, Stevanovic se vit refuser un but pour une main préalable. Qu’à cela ne tienne, c’est Schalk qui s’occupa de donner l’avantage à ses couleurs. Il obtint un penalty tout en roublardise lorsque le gardien adverse intervint dans ses pieds et se fit justice lui-même pour son cinquième but en cinq matchs.

 

Servette ralentit quelque peu le rythme par la suite, bien conscient que le plus dur venait d’être fait. Les Genevois menaient au score et dominaient un adversaire sevré de victoire depuis deux mois. Néanmoins, après être tombés dans le piège de la facilité en première période, ils apparaissaient nettement plus à leur affaire, sans pour autant être à l’abri d’une contre-attaque meurtrière. Il n’en fut finalement rien, Follonier et Stevanovic assurant le succès de leur équipe en fin de partie, mais à l’instar de ce que nous exposait le premier nommé à l’interview avant la rencontre, les Grenat doivent vraiment apprendre à tuer un match dès qu’ils en ont la possibilité et non attendre les derniers instants pour donner au score une allure plus convenable.

 

Car ce Servette-là est indéniablement le mieux armé pour monter en Super League. L’équilibre est toutefois précaire et il faut en prendre soin. Cela passe par le travail sérieux et appliqué à l’entraînement, mais aussi par une concentration et une implication sans faille lors des matchs. C’est sur ce dernier point que les Grenat pêchent encore régulièrement. Cela n’a véritablement porté à conséquence qu’une seule fois ces derniers temps: le week-end dernier à la Pontaise. Face à son seul concurrent crédible cette saison, ils ont payé d’un but leur court relâchement.

 

Vendredi soir à la Praille, les hommes d’Alain Geiger ont repris leur marche en avant avec une nouvelle victoire facile et à nouveau au moins trois buts marqués. C’est positif, car c’est dans ces matchs-ci que l’on peut gagner une promotion. Mais attention aussi à ne pas se voir plus beau que la réalité, à l’instar de Xamax sur cette année 2018. Les trois points sont un aspect de la victoire, la manière en est une autre. L’entraîneur servettien a assurément noté un certain nombres de domaine à travailler cet hiver. Tant mieux, cela ne peut que pérenniser l’entreprise actuelle et permettre aux joueurs du bout du Lac non seulement de pouvoir regoûter au plus haut niveau helvétique, mais également de s’y maintenir. A long terme, c’est sans aucun doute l’objectif numéro un du club. Il file donc dans la bonne direction.

 


 

Si l’on ne devait retenir qu’une seule chose…

 

De positive

 

Les trois points. Synonymes d’un douzième match consécutif sans défaite, ils permettent aux Grenat de ne pas ruminer tout l’hiver une contre-performance qui aurait fait tache dans le bilan quasi parfait de cet automne. Servette peut partir en vacances l’esprit tranquille, le travail a été fait.

 

A améliorer

 

La fatigue. On pourrait aussi parler d’usure ou de routine. A force de gagner ses matchs (trop) facilement, les Servettiens ont également conservé des certitudes quand à leur rôle dans l’équipe. Si, jusqu’à un certain point, c’est l’une des clés fondamentales pour atteindre l’objectif en fin de saison, il aurait pu être intéressant d’anticiper la fatigue mentale et/ou physique de certains cadres après le derby et l’automne chargé en donnant du temps de jeu à quelques remplaçants méritants. Peut-être que Servette, avec des idées nouvelles, se serait ainsi mis plus rapidement à l’abri. Ou peut-être alors que tout ce fragile équilibre aurait été menacé. Qui sait?

 


 

Interview d’après-match : Alain Geiger

 

Propos recueillis par Bastien Trottet

 


 

Servette FC – FC Rapperswil-Jona 4-1 (0-1)

Stade de Genève, 2’282 spectateurs.

Arbitre : M. Cibelli.

Buts : 43′ Rexhepi (0-1), 51′ Schmied (csc) (1-1), 57′ Schalk (penalty) (2-1), 89′ Follonier (3-1), 90+1′ Stevanovic (4-1).

Servette : Kiassumbua; Sauthier (C), Routis, Rouiller, Séverin; Cespedes (58′ Imeri); Stevanovic, Wüthrich (37′ Alphonse), Cognat; Schalk (82′ Follonier), Kone (86′ Chagas). Coach: Geiger.

Rapperswil : Heim; Morganella, Klloqoqi (C), Schmied, Güntensperger; Shabani (65′ Kleiber), Ciccone (68′ Festic), Pasquarelli, Kubli (90+2′ Gönitzer); Rexhepi (79′ Samardzic); Turkes. Coach: Meier.

Avertissements : 22′ Morganella, 47′ Pasquarelli, 58′ Güntensperger, 80′ Festic.

Notes : Servette sans Lang, Souaré, Antunes, Busset (blessés), Maccoppi et Sarr (non-HTP surnuméraires). Rapperswil sans Simani (suspendu), Guatelli, Yanz, Vranjes, Rohrbach, Hadzi, Amendola, Agushi, Nater (blessés), Boumediene (malade) et Zenuni (non-convoqué). Premier match en Challenge League pour Schmied et Heim. Ce dernier devient le 4e (!) gardien aligné par Rapperswil en 18 matchs.

 

 

(crédits photo: © Fred Curtet)