Servette affronte Kriens à La Praille ce soir pour le compte de la huitième journée de Challenge League. En prélude de ce match, nous avons pu nous entretenir avec l’attaquant Alexandre Alphonse et l’entraîneur Alain Geiger hier pour évoquer Schaffhouse et Kriens. A noter que ces interviews sont l’oeuvre conjointe de Geff Scarantino (Radio Lac/GE-Sports hockey), Thomas Zinguinian (GE-Sports foot) et Bastien Trottet (GE-Sports).

 

Alexandre Alphonse: “Être expulsé, c’est laisser ses potes en difficulté”

 

Alexandre Alphonse, comment est-ce que vous avez vécu vos deux cartons jaunes en une minute contre Lausanne ? Et comment est-ce que cela a été perçu par le reste de l’équipe ?

 

C’était un moment un peu compliqué. J’étais déçu et frustré parce que laisser son équipe jouer à dix, c’est laisser ses potes en difficulté. Ce n’est jamais facile, ça ne m’était jamais arrivé. Après, ce carton a permis à l’équipe de rester encore plus unie, ils ont fait une incroyable deuxième mi-temps. Ils ne m’en veulent pas, c’est plus moi qui m’en voulait énormément sur le coup. C’est des choses qui arrivent, malheureusement, mais cela ne se reproduira pas parce que ce n’est juste pas possible de prendre deux cartons aussi rapidement. C’est mieux que cela arrive à un joueur d’expérience, même si cela n’aurait pas dû arriver. En tout cas, on a montré qu’on était une équipe très solidaire.

 

A la fois pilier du vestiaire et joueur comme les autres

 

Est-ce que vous avez un rôle particulier dans l’équipe en raison de votre expérience ou est-ce que vous êtes un attaquant parmi les autres ?

 

Depuis que je suis arrivé ici, j’ai toujours eu ce rôle d’encadrer les jeunes, d’essayer de les faire progresser et de leur apporter des conseils grâce à toutes les choses que j’ai pu vivre dans ma carrière. D’un côté, je suis un joueur comme les autres parce que je dois me battre pour avoir ma place, je dois rester en forme, et de l’autre tout le monde sait que s’ils ont le moindre problème, des questions à poser, ils peuvent venir me voir et c’est important. Le but, c’est qu’on soit tous là les uns pour les autres et c’est un petit peu cela mon rôle.

 

“Le but, c’est que je termine ma carrière à Genève”

 

Vous êtes une sorte de clubiste avec seulement cinq clubs (dont trois pour des longues durées) dans votre carrière. Quelle place occupe le Servette FC ? Est-ce que vous pensez terminer votre carrière ici ?

 

Le but, c’est que je termine ma carrière à Genève. J’avais des possibilités de rester en France, mais pour signer des contrats d’un an en Ligue 2 et je n’étais pas spécialement intéressé par cela. J’avais envie d’aller dans un club qui avait un vrai projet sur plusieurs années et Servette pouvait m’apporter cela. C’est un club qui a des ambitions, qui sort d’années compliquées et qui a appris de ses erreurs. On a besoin de temps pour construire quelque chose, mais on voit que tout le monde ici travaille dans ce sens-là. C’est un club historique dans le football suisse, mon choix s’est donc facilement tourné vers Servette pour clôturer le chapitre « Alexandre Alphonse, joueur de foot ».

 

Un groupe qui mérite mieux

 

Parlons un peu du terrain. Vous disputez une semaine anglaise avec deux matchs contre des équipes moins cotées. Quelles sont vos attentes pour celle-ci ?

 

On sait qu’on a un groupe plutôt bon malgré les divers pépins de ces dernières semaines. On sort d’un match frustrant à Schaffhouse où l’on menait mais d’où l’on ne ramène qu’un point. On est à la maison contre une équipe censée être inférieure à nous, on doit absolument gagner, même si l’on sait que cela va être dur, comme tous les autres matchs.

 

Servette est actuellement cinquième après sept matchs, une place en deçà des attentes du public. Est-ce que c’est quelque chose qui vous travaille ?

 

Je ne vais pas dire que ça nous travaille, mais on sait qu’on doit être plus haut que cette cinquième place. On a confiance en notre effectif, qui est de qualité. Maintenant, on a eu ces premiers matchs à l’extérieur, ces matchs à Vaduz et Wil où on ne méritait pas de perdre mais où ça a tourné de l’autre côté. Il manque un petit quelque chose pour nous permettre d’enchaîner les victoires. Contre Winterthour, on fait un très bon match; contre Lausanne, on fait un bon match mais il y a eu ces faits de jeu; contre Lucerne, même si ce n’est pas le championnat, on a montré qu’on pouvait mettre trois buts à une Super League et on a été bons. Il faut se servir de tous ces côtés positifs pour avancer. Ce qu’il nous manque vraiment, c’est d’enchaîner des victoires. C’est vraiment sur un point de vue comptable qu’on est un petit peu en retrait, mais on a confiance en nous, on doit rester déterminés. Quand on aura tout le monde à 100%, on sera une équipe redoutable je pense.

 

“On doit être plus solides défensivement et plus efficaces en attaque”

 

Justement, ces petits détails qu’il manque, selon vous, qu’est-ce que c’est ?

 

C’est d’être plus solides défensivement et plus efficaces en attaque. C’est aussi tous ces joueurs qui ne sont pas encore à 100% comme Wüthrich ou Kone qui ne peuvent pas enchaîner des matchs; moi qui ai été blessé pendant cinq mois, je suis revenu, j’ai joué quelques minutes et ensuite j’ai été suspendu; Alex Schalk qui a aussi besoin d’enchaîner. Bref, c’est tous ces joueurs-là, on doit tous retrouver notre forme et toutes ces petites choses vont faire que notre équipe va être encore plus forte pour aller chercher toutes ces victoires qui nous manquent et qui nous permettront de remonter au classement.

 


 

Geiger: “L’équipe a roupillé à Schaffhouse”

 

Alain Geiger, Servette est actuellement cinquième. Comment expliquer la différence entre un match comme Lucerne et celui de Schaffhouse ?

 

Déjà, on ne peut pas comparer un match de Coupe et un match de championnat. On a aussi vu que Schaffhouse avait tenu jusqu’à la fin des prolongations contre YB. La Coupe, c’est sur un match, il y a une énorme énergie. Il y a rarement des exploits, mais la plus petite équipe fait toujours de son mieux pour passer le tour. Je ne regarde pas le classement parce que sinon je pourrais vous donner comme explication qu’on a joué cinq matchs à l’extérieur sur sept donc c’est plus compliqué de faire des points. Aujourd’hui le classement il est là avec ces dix points. On a un match important où il faut regagner absolument pour remettre l’église au milieu du village. C’est ce que je vais demander à mes joueurs, d’être très concentrés, quitte à jouer un peu moins bien dans le match, mais de ramener ces trois points.

 

Un classement? Quel classement?

 

Est-ce que si Servette était mieux classé, vous regarderiez un peu plus ce classement ?

 

Non, je ne crois pas. Nous nous sommes dit qu’avec 50% de nouveaux joueurs, il nous fallait du temps pour trouver notre football et le développer. Il y a encore beaucoup de choses à faire, on n’est pas encore complétement au point. On doit trouver de la cohésion entre les lignes, il y a pas mal de joueurs qui ont changé de position. N’oublions pas que j’ai eu l’effectif tardivement et que je ne l’ai même pas encore complètement puisque l’on attend toujours le permis de Kone. Je n’ai pas encore eu tous mes attaquants à disposition, c’est donc difficile de juger actuellement. On a eu des bons moments dans les matchs, c’est vrai, mais je n’ai pas encore mon potentiel offensif au complet. On doit augmenter notre jeu, être meilleurs dans les temps faibles, c’est-à-dire sentir quand ils arrivent et mieux défendre. Dans l’autre sens, souvent quand nous avons eu des temps forts, nous aurions dû doubler la mise mais nous n’avons pas su le faire. C’est à travailler, mais comme on a énormément de nouveaux joueurs qui portent le maillot de Servette, il faut du temps pour trouver une cohésion et une homogénéité entre les lignes.

 

“On n’a pas assez de points par rapport à ce que l’on a démontré”

 

Est-ce que tout cela met une pression sur les joueurs ?

 

Je crois qu’on prend match après match. Il faut présenter le meilleur football et être plus malin que l’adversaire à chaque match. Je vais demander les trois points aux joueurs, mais ils n’auront pas une pression hors du commun non plus, le championnat ne va pas se jouer sur ce match. Le match de ce soir va simplement confirmer qu’on a un bon niveau dans ce championnat, qu’on n’a pas assez de points par rapport à ce qu’on a démontré et qu’il ne faut surtout pas en égarer à domicile. La pression, elle est sur ces trois points à la maison, mais ce n’est pas ce match qui va nous propulser en Super League.

 

Des piccolos en attaque

 

Si l’on revient au match contre Schaffhouse, Boris Cespedes nous disait à l’interview que vous aviez modifié votre tactique à la mi-temps. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ?

 

Il n’y a pas eu de changement tactique. On a ramené Stevanovic dans l’axe du terrain et Chagas a pris sa place. On voulait être plus offensifs et ne surtout pas subir, mais je crois que ce n’est pas ça le problème. Toute l’équipe a simplement roupillé, on a défendu en se reposant sur ce 0-1 et en étant attentistes. Schaffhouse en a profité pour reprendre la possession du jeu et égaliser. Nous, on est rentrés en action dès ce but, on a bien fini les 25 dernières minutes. La conclusion pour moi, c’est que dans cette ligue, il faut attaquer en permanence. La prochaine fois qu’on se retrouvera dans cette situation à l’extérieur, on va aller à l’attaque. Non pas qu’on ait voulu défendre, mais inconsciemment, on s’est repliés et ça ne nous a pas rendu service.

 

“La conclusion pour moi, c’est que dans cette ligue, il faut attaquer en permanence”

 

Justement, vous avez décidé de faire rentrer Baba Souaré, un défenseur central, à la 88ealors qu’Antunes, le joueur le plus offensif à disposition, est resté sur le banc. Pouvez-vous nous expliquer l’idée qu’il y avait derrière ce choix ?

 

Disons que si j’avais dû faire entrer Antunes, ce qui était une possibilité, j’aurais dû le faire rentrer les vingt dernières minutes. Pour cinq minutes, il n’y avait plus rien à jouer, mais eux avaient fait leurs quatre changements (ce qui n’était en réalité pas le cas, leur troisième et dernier changement est intervenu en même temps que l’entrée de Souaré, ndlr) et avaient fait rentrer des piccolos en attaque, du coup je me suis dit que comme on avait déjà mal défendu sur le 1-1, ça ne valait pas la peine de prendre le risque de les laisser empocher la totalité des points. C’est simplement pour cela que j’ai fait rentrer Souaré et non Antunes, parce que ça n’aurait pas été une bonne entrée pour lui. N’oublions pas aussi que la défense avait été très sollicitée et qu’elle avait en plus amené beaucoup sur le plan offensif, du coup j’ai voulu anticiper une éventuelle défaillance sur les deux-trois derniers assauts que Schaffhouse aurait pu faire.

 

Enfin, pouvez-vous nous faire un point sur les blessures ?

 

Imeri sera certainement de retour pour la fin de la semaine, il a eu le feu vert pour s’entraîner dès lundi mais il n’est pas encore prêt. Alphonse est de retour et j’attends beaucoup de sa part car il a cette expérience et cette capacité d’augmenter notre niveau de jeu. Lui sera sur le terrain. On va également récupérer Wüthrich suite à son problème au tendon d’Achille. Sauthier sera aussi de retour. On n’attend donc que Kone pour être au complet.