Des penalties douteux, de la tension extrême, un retournement de situation improbable, un final haletant et des buts : on attendait beaucoup de ce Aarau-Servette, le match fut à la hauteur des espérances. Une véritable rencontre de LNA entre deux équipes historiques de l’élite aujourd’hui condamnées à l’antichambre de celle-ci. Plus pour longtemps?

 

Dans ce vénérable et toujours aussi accueillant stade du Brügglifeld où la gastronomie est une attraction à elle-seule, Servette s’est d’abord cassé les dents sur une brochette d’Argoviens qui ne manquaient pas de piquant avant de ne faire qu’une bouchée de leurs adversaires après le thé. On le sait pourtant, la bièr(i)e n’a pas toujours été compatible avec l’appétit des Romands et les Genevois en firent amèrement l’expérience en titubant au moment de débarrasser la table…

 

Un onze de base à nouveau remanié

 

Pour ce match, Alain Geiger devait se passer de sa doublette d’attaque Kone-Schalk (blessés) mais récupérait Alphonse, titularisé à leur place. En l’absence de Séverin, blessé également, c’est logiquement Iapichino qui se retrouvait latéral gauche aux côtés de Steve Rouiller, de retour après sa suspension. Au milieu, alors que de nombreux observateurs s’attendaient à revoir dans l’axe la paire Cognat-Maccoppi qui avait si bien fonctionné à Kriens, l’entraîneur Grenat décidait de réintégrer Cespedes dans l’alignement, obligeant ainsi le Français à retourner dans le couloir gauche en lieu et place d’un Follonier auteur lui-aussi d’un match intéressant au Kleinfeld. Un choix surprenant (Geiger avait lui-même annoncé aux médias avant le match qu’il donnerait leur chance à ceux qui jouaient moins pour remplacer les absents) qui ne fut pas couronné de succès.

 

Le premier quart d’heure se déroula sur un faux rythme, les deux équipes semblant se jauger sans trop oser se découvrir. Les Servettiens apparurent très appliqués et concentrés. Puis c’est petit-à-petit Aarau qui prit la rencontre à son compte et qui plaça les premières escarmouches. Les locaux firent également monter la pression au niveau émotionnel, une tactique qui s’avéra payante assez rapidement. Après une ou deux petites altercations où Zverotic et Schneuwly pouvaient s’estimer heureux de leur sanction (pas de carton pour un comportement anti-sportif à mi-terrain pour le premier, refus de se calmer après un premier avertissement pour le second), les Grenat perdirent leurs nerfs à plusieurs reprises et sortirent totalement de leur match.

 

Servette balbutie son football

 

L’ouverture du score argovienne en fut du reste une parfaite illustration. Wüthrich, déjà peu en veine jusque là, se roula de douleur dans la surface adverse. Le jeu continua logiquement puisque sa chute l’avait emmené en dehors des limites du terrain. Iapichino décida tout de même de sortir le ballon alors que cela s’avérait inutile. Aarau rendit généreusement le cuir à Frick alors que rien ne l’y obligeait. Dix secondes après, celui-ci était déjà de retour dans la surface genevoise. Une intervention manquée de Rouiller et une partie de billard plus tard, la balle roulait au fond des filets servettiens. Un joli raté collectif.

 

Menés au score, dominés dans le jeu, les Grenat devaient s’en remettre, une fois n’est pas coutume, à un jeu de contre-attaque. Malheureusement, l’association offensive Alphonse-Wüthrich qui se trouvait les yeux fermés la saison dernière ne parvint jamais vraiment à prendre de la profondeur. L’ombre de Schalk pesait sur eux, mais ils n’étaient pas aidés non plus par un Cognat transparent sur son côté gauche.

 

Maierhofer, épisode 1

 

Alors qu’on semblait se diriger vers un moindre mal avec ce score de 1-0 à la pause, le festival de Maierhofer (2m02 et quelques problèmes d’équilibre) débuta. Sollicitant un ballon en profondeur, il vint se frotter à Sauthier dans la surface avant de s’effondrer. Monsieur Bieri n’hésita pas une seconde et montra le point de penalty, une sanction extrêmement sévère à notre sens. Neumayr ne se fit pas prier pour inscrire son deuxième but de la soirée. Le hic? Bürgy se trouvait dans les seize mètres avant la frappe (suite à une bousculade avec le capitaine servettien il est vrai) mais aucun des arbitres n’était positionné pour juger correctement de la séquence. Le but fut donc validé malgré les protestations des visiteurs.

 

2-0 après 45 minutes, l’addition était salée mais pas illogique tant Aarau donnait plus l’impression de vouloir remporter cette rencontre. Pourtant, on pouvait également déceler des traces d’optimisme chez certains Genevois : Servette ayant montré tout au long de la saison qu’il était incapable d’enchaîner deux mi-temps de même qualité, il était possible d’espérer que celle-ci ne fusse un accident de parcours et que la prochaine serait d’un tout autre millésime.

 

Docteur Servette et Mister Grenat

 

C’est précisément ce qui arriva. Alain Geiger décida d’ajouter un deuxième attaquant à sa formation avec l’entrée de Chagas pour Cespedes, permettant ainsi à tout le milieu de terrain de se rééquilibrer. Coïncidence ou pas, Servette se créa une multitude d’occasions dans les minutes qui suivirent, obtenant notamment plusieurs corners d’affilée. Sur l’un d’eux, Wüthrich réussit enfin à ajuster un ballon parfait pour Rouiller qui catapulta le ballon au fond des buts de Nikolic. Une première passe décisive pour le Neuchâtelois et une première réussite pour le Valaisan cette saison qui tombaient à point nommé pour les Grenat qui retrouvaient espoir dans cette rencontre.

 

Un espoir qui leur permit même d’égaliser neuf minutes plus tard grâce à une magnifique combinaison entre Iapichino et Alphonse, le coup d’oeil de ce dernier ayant assurément autant valeur de passe décisive que le centre de l’extérieur du pied du premier sur la tête d’un Chagas dont le sens du placement et l’instinct de tueur font merveille cette saison malgré son faible temps de jeu.

 

Deux partout et une petite demi-heure encore à jouer, la partie était totalement relancée et les deux équipes eurent leurs chances de passer devant, sans succès toutefois. C’était sans compter sur le gardien Nikolic, pourtant excellent jusque-là. Le troisième portier du FC Bâle commit une immense bévue en manquant un contrôle à priori simple dans ses cinq mètres. Le pressing servettien à trois avait déstabilisé les défenseurs et mis le dernier rempart adverse en diffuculté, la combativité de Stevanovic fit le reste. Servette menait 2-3 à huit minutes de la fin après avoir effacé un déficit de deux longueurs à la pause et s’acheminait vers une victoire importantissime.

 

Maierhofer, épisode 2

 

C’était sans compter sur l’incorrigible Maierhofer. Sur un centre mal adressé d’un coéquipier, il alla au contact avec Iapichino qui laissa traîner son bras. Le géant autrichien n’en demandait pas tant pour se laisser tomber et abuser à nouveau M. Bieri. Si ce pénalty-ci était tout de même bien plus évident que le précédent, cela restait extrêmement sévère de sanctionner deux fois des fautes si légères par des coups de pied de réparation, qui plus est dans les arrêts de jeu. Misic ne trembla pas et parvint à sauver un point in extremis à ses couleurs.

 

Dommage pour Servette, qui n’est passé qu’à huit minutes d’un exploit qui l’aurait rapproché encore un peu plus de la Super League, mais le résultat est somme toute logique au vu de la physionomie du match, chaque équipe ayant eu sa mi-temps avec ses erreurs et ses moments forts.

 


 

Si l’on ne devait retenir qu’une seule chose…

 

Positive

 

La combativité des Grenat. Dominés, parfois même largués en première période, ils n’ont jamais baissé les bras et savaient qu’ils avaient les moyens de retourner la situation. Ils firent preuve d’une belle solidarité également en phase défensive en sauvant notamment deux tirs sur leur ligne. La victoire à Kriens leur a sans aucun doute fait un bien fou de ce côté-là!

 

A améliorer

 

La désignation des arbitres. Beaucoup d’éléments auraient pu se retrouver dans cette section, mais avec le recul, c’en est un non-imputable aux Genevois qui remporte la palme. Monsieur Bieri est un arbitre de Super League qui sifflait l’un de ses premiers matchs de la saison à l’échelon inférieur. Il n’était donc habitué ni aux réalités de cette division, ni aux joueurs “dangereux” pour lui. Lorsque l’on sait l’enjeu de cette rencontre (considérée comme “au sommet” par les deux équipes), on peut s’interroger sur l’opportunité de ne pas nommer plutôt un arbitre expérimenté de Challenge League pour le diriger, ne serait-ce que par équité sur la longueur de la saison. Et comme ce choix semble s’imposer régulièrement depuis quelques années avec des résultats catastrophiques à chaque fois (souvenez-vous notamment de ce Servette-Xamax de décembre 2017…), cela prive également les arbitres de deuxième division de parties importantes où ils pourraient emmagasiner de l’expérience pour l’avenir. Bref, un choix à l’envers du bon sens qui ne profite à personne.

 


 

Réactions d’après-match

 

Steve Rouiller

 

Alain Geiger

 


 

FC Aarau – Servette FC 3-3 (2-0)

Brügglifeld, 2’934 spectateurs.

Arbitre : M. Bieri.

Buts : 31′ Neumayr (1-0), 43′ Neumayr (pénalty) (2-0), 56′ Rouiller (2-1), 65′ Chagas (2-2), 82′ Stevanovic (2-3), 90+1′ Misic (pénalty) (3-3).

Aarau : Nikolic; Giger, Thaler, Bürgy, Obexer; Tasar (79′ Pepsi), Jäckle, Zverotic (C) (84′ Misic), Schneuwly; Neumayr (88′ Frontino); Maierhofer. Coach : Rahmen.

Servette : Frick; Sauthier (C), Routis, Rouiller, Iapichino; Cespedes (51′ Chagas), Maccoppi (90+3′ Imeri); Stevanovic, Wüthrich (78′ Follonier), Cognat; Alphonse. Coach : Geiger.

Avertissements : 27′ Schneuwly, 69′ Chagas, 84′ Maierhofer, 90′ Iapichino, 90′ Frick.

Notes : Aarau sans Leo (suspendu), Peralta (blessé), Liechti, Peyretti, Mehidic, Rossini et Almeida (non-convoqués). Servette sans Lang, Schalk, Kone, Séverin, Busset (blessés) et Antunes (non-convoqué).