Le Brésilien du Servette FC, ancien pensionnaire du Grünfeld, a sorti ses habits de lumière pour permettre aux Grenat de ramener trois points inespérés de leur déplacement en terres saint-galloises.

 

Comme à Kriens en octobre, comme à Aarau il y a deux semaines, Mychell Chagas a sorti son équipe d’un mauvais pas en surgissant au bon moment. Servette était mené au score et séchait sur sa copie face à un adversaire bien regroupé. Alain Geiger l’avait pourtant annoncé: en marquant rapidement, les Genevois s’éviteraient bien des tracas.

 

Un décor bucolique pour une victoire héroïque (© Bastien Trottet)

 

Des intentions louables qui ne furent pas récompensées malgré une première demi-heure encourageante. Rapperswil n’avait pratiquement pas touché le ballon et les Grenat dominaient outrageusement les débats. Une domination attendue, mais sans réussite pour eux, notamment en raison d’une certaine suffisance au moment du dernier geste. Finalement, hormis une frappe de Schalk sanctionnée a posteriori d’un hors-jeu et une de Cognat à l’orée des seize mètres repoussée magnifiquement par une claquette de Yanz, les Servettiens ne furent pas véritablement dangereux devant le but. Peut-être toutefois que la sortie sur blessure d’Alphonse (touché à la cheville, on craint une fracture), remplacé par Kone après moins d’un quart d’heure, modifia les plans de jeu établis par Geiger et influença le manque de réussite des attaquants tout de blanc vêtus.

 

Chaude après-midi, froid réalisme

 

On connait la rengaine dans les sports d’équipe, à dominer sans concrétiser, on s’expose à la punition de l’adversaire. Ce fut le cas au Grünfeld en ce magnifique samedi ensoleillé où Rapperswil profita de sa première action (une touche anodine récupérée par Schmied qui centra sans conviction) pour ouvrir la marque par l’excellent Haïle-Selassie, omniprésent dans ce match et laissé seul par un Iapichino trop occupé à vérifier de lui-même le théorème qui veut que le joueur qui réclame le hors-jeu au lieu de suivre l’action est systématiquement celui qui le coupe.

 

Dès ce moment-là, Servette balbutia son football. Sa possession de balle et sa domination continuèrent, mais les passes se firent moins précises et hormis une bonne frappe de Schalk repoussée difficilement par Yanz à la 40e, ils ne furent guère plus dangereux, peinant régulièrement à déborder le verrou adverse. C’est donc frustrés qu’ils regagnèrent les vestiaires après les 45 premières minutes.

 

Rapperswil manque le chaos

 

La deuxième mi-temps débuta sans grand rythme et il fallut attendre la 54e minute avant de retrouver un tant soit peu de football à se mettre sous la dent. Comme soudainement piquées au vif, les deux équipes se créèrent coup sur coup plusieurs occasions. Rapperswil passa même à un cheveu du chaos lorsque Shabani élimina Routis le long de la surface avant de centrer pour Turkes. Heureusement pour Servette, Frick et Rouiller veillaient au grain et unirent leurs efforts pour éviter que le ballon ne lui parvienne, sans quoi l’attaquant saint-gallois n’avait plus qu’à le pousser au fond. Deux minutes plus tard, sur un nouveau contre des locaux, Maccoppi dévia le ballon en direction de son propre but mais Frick, très concentré, parvint à éviter à ses coéquipiers un deuxième but contre son camp en deux rencontres.

 

Les Grenat semblaient s’impatienter et perdaient gentiment leurs nerfs, à l’image de leur latéral gauche qui aurait dû écoper d’un carton jaune pour un geste d’humeur à l’heure de jeu. Déconcentrés, ils passèrent à nouveau à quelques centimètres de tout perdre lorsqu’Haïle-Selassie s’offrit un un contre un face à Frick. Le portier servettien sortit fort à propos à sa rencontre et obligea l’attaquant à précipiter son tir, qui fila à l’extérieur du cadre. Rapperswil ne le savait pas encore, mais il venait de manquer l’action de trop.

 

Des changements pour un nouveau souffle

 

Les entrées de Follonier et Imeri pour Iapichino et Maccoppi ainsi que l’ajustement tactique qui s’ensuivit (passage à une sorte de 3-5-2) permirent à Servette de retrouver un peu de maîtrise du ballon et de se relancer en direction des buts de Yanz. Malgré les ratés de Wüthrich, Schalk eut par deux fois la possibilité d’égaliser, mais la réussite le fuyait. Bien conscient de ce problème, l’entraîneur Alain Geiger décida de jouer son va-tout en sortant l’attaquant néerlandais pour le Brésilien Chagas, ancien buteur vedette du FCRJ.

 

Les dix dernières minutes furent totalement à l’avantage des Genevois. Routis et surtout Chagas eurent des opportunités en or, mais le ballon ne semblait pas vouloir terminer sa course au fond des filets de Yanz (qui, pour l’anecdote, évolue dans son club formateur depuis… 1996. Il avait alors 8 ans!). C’était sans compter l’esprit de coeur et de corps qui habitait cette équipe Grenat. A l’instar de leurs cousins hockeyeurs durant toute la semaine, les footballeurs du bout du Lac refusèrent la défaite et jetèrent toutes leurs forces dans la bataille lorsque les arrêts de jeu débutèrent.

 

Mychell Chagoal

 

Et qui d’autre que l’inévitable numéro 22 servettien pour surgir et placer une tête imparable derrière le portier adverse sur un long ballon de Rouiller? Servette égalisait à la 91e sans que l’on ne puisse parler de hold-up, même si la domination stérile du début de match semblait bien lointaine. Chagas se créa encore une immense occasion juste après, mais son envoi fut repoussé par Yanz. On se dit alors que les Grenat allaient se contenter d’un nul presque inespéré, quand soudain l’impensable se produisit: sur un raté d’Eberle, Sauthier parvint à trouver Chagas au second poteau.

 

Excentré, l’attaquant eut le réflexe de remettre la balle dans l’axe. Wüthrich, qui avait échoué dans tout ce qu’il avait tenté pendant 93 minutes, ne pouvait pas manquer celle-ci, puisqu’il se retrouvait seul devant le but vide. Explosion de joie chez les joueurs et supporters visiteurs qui communièrent ensemble. Servette venait de renverser Rapperswil en trois minutes de manière totalement improbable pour s’adjuger trois points précieux compte-tenu de la victoire lausannoise à Schaffhouse dans le même temps. Si cela ne ressemble pas encore aux résultats neuchâtelois douze mois auparavant, des similitudes commencent à poindre. Pour une même issue en fin de saison?

 


 

Si l’on ne devait retenir qu’une seule chose…

 

Positive

 

L’entrée de Chagas. Probablement le remplaçant le plus heureux du pays, le Brésilien s’approche gentiment d’une moyenne d’un but toutes les 45 minutes disputées. Décisif à chacune de ses entrées, il accepte totalement son rôle de “super-sub” et sait utiliser sa hargne et sa roublardise de manière redoutable. Si Servette est promu en fin de saison, il pourra remercier son sauveur attitré. Un joueur extrêmement précieux !

 

A améliorer

 

Le rendement de certains cadres. Sont-ils émoussés à force de tant jouer? Ou trop sûrs de leur temps de jeu? Toujours est-il que les Wüthrich, Cognat ou encore Kone ont semblé très brouillons durant la majeure partie du match. Pas particulièrement mauvais non, mais brouillons. Lorsque l’on connait l’importance de ces joueurs dans les tactiques de Geiger, il n’y a pas besoin de chercher très loin l’origine des séquences où Servette domine stérilement. Le déclic se fera-t-il contre Winterthour?

 


 

Réactions d’après-match

 

Anthony Sauthier

 

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FC Rapperswil-Jona – Servette FC 1-2 (1-0)

Grünfeld, 1’630 spectateurs.

Arbitre : M. Von Mandach.

Buts : 34′ Haïle-Selassie (1-0), 90+1′ Chagas (1-1), 90+4′ Wüthrich (1-2).

Rapperswil : Yanz; Thiesson, Klloqoqi, Simani, Elmer (C); Haïle-Selassie (81′ Y. Frick), S. Sarr, Schmied, Teixeira (83′ Eberle); Shabani (71′ Kubli); Turkes. Coach : Meier.

Servette : Frick; Sauthier (C), Routis, Rouiller, Iapichino (65′ Follonier); Maccoppi (71′ Imeri); Stevanovic, Wüthrich, Cognat; Alphonse (14′ Kone), Schalk (77′ Chagas). Coach : Geiger.

Avertissements : 6′ Elmer, 61′ Iapichino, 72′ Simani, 86′ Schmied, 90+5′ Yanz.

Notes : Rapperswil sans Hunn, Hadzi, Ciccone, Rexhepi, Zenuni, Nater (blessés), Rohrbach (malade) et Festic (non-convoqué). Servette sans Cespedes, Lang (blessés), Séverin, Busset (convalescents), Sarr (étranger surnuméraire) et Duah (non-convoqué).