Les Grenat reçoivent le FC Aarau demain à la Praille (dès 18h45 sur notre webradio). Une rencontre qui s’annonce palpitante entre les deux meilleures équipes de 2019.

 

La fin de saison du Servette FC pourrait être surnommée “Les rêveries des promeneurs solitaires”. Si esseulés au sommet de leur classement depuis longtemps, les Genevois semblent parfois manquer de concentration à force d’effleurer leur objectif du bout des doigts. Pourtant, il reste encore quelques batailles à disputer avant de pouvoir enfin célébrer leur retour en Super League. Avant de penser à un derby lémanique qui pourrait sceller le classement de cette Challenge League, ils doivent encore “faire le travail” deux fois : à domicile contre Aarau et à Schaffhouse dans une semaine. Deux adversaires à ne surtout pas sous-estimer afin de pouvoir profiter sereinement d’un mois de mai potentiellement triomphal.

 

Nous avons pu discuter de cela avec Alexandre Alphonse et Sébastien Wüthrich, deux cadres bien conscients des risques, ainsi qu’Alain Geiger, entraîneur confiant mais vigilant. Des propos recueillis par Thomas Zinguinian et retranscris par Bastien Trottet.

 


 

Une saison mentalement plus compliquée que la précédente

 

Sébastien Wüthrich, vous semblez en grande forme après avoir connu une période plus compliquée pendant l’hiver. Comment expliquez-vous cela ?

 

Je sais que j’ai un problème de constance. L’hiver, les terrains sont plus compliqués et on est plus souvent sur le synthétique. Avec ma pubalgie, j’étais un peu plus sur la retenue et donc un peu moins efficace. Après, la saison est longue, le but c’est avant tout que l’on parvienne à notre objectif, idéalement en étant le meilleur possible. J’ai eu un creux en début de troisième tour, c’est vrai, mais je retrouve un peu des couleurs et j’espère être au mieux de ma forme pour la fin de saison. Je ne me fais pas trop de souci, je sais que j’ai aussi des coéquipiers qui peuvent faire la différence. On est vraiment un groupe, on n’a pas besoin de compter sur certaines individualités spécifiques pour s’en sortir.

 

“Je sais que je peux apporter beaucoup à l’équipe en Super League”

 

Finalement, n’êtes-vous pas plus un joueur de Super League que de Challenge League, au vu des équipes et des styles de jeu que vous devez rencontrer ?

 

On verra cela l’année prochaine si on monte. J’ai évolué toute ma carrière en Super League donc je la connais plutôt bien. Là, cela fait trois ans que je suis en Challenge League, c’est une ligue qui n’est vraiment pas facile. On voit encore cette année qu’en automne, moins d’équipes nous attendaient, elles ne nous connaissaient pas encore. Ce printemps, c’est plus difficile de trouver des solutions parce que toutes les équipes sont regroupées derrière. On a pu voir par exemple contre Winterthour que lorsqu’un adversaire est plus offensif, il laisse aussi plus d’espaces derrière. En SL, il y en aura logiquement plus, mais le niveau global est supérieur donc ce sera dur également. Je sais toutefois que je peux encore apporter beaucoup à l’équipe en Super League.

 

La promotion (trop) en tête

 

Aarau est presque une équipe de Super League. Comment abordez-vous cette rencontre ?

 

De la même manière que les précédentes. Eux, ils ont beaucoup à perdre parce que c’est l’une de leurs dernières cartes pour jouer les barrages. Nous, on veut être mathématiquement champions le plus rapidement possible. Il nous faudra faire moins d’erreurs que les derniers matchs car ça risque de se payer cash contre eux. C’est une équipe très forte offensivement mais qui a des problèmes défensifs. On devra jouer là-dessus et avoir une bonne rigueur défensive pour remporter cette partie sans prendre de but.

 

“Oui, il y a des relâchements, c’est vrai”

 

Alain Geiger nous disait à Winterthour que l’équipe était un peu frustrée d’être dans l’expectative pour cette promotion. Est-ce aussi votre opinion ?

 

Oui. Cette saison est vraiment plus compliquée mentalement que la précédente vu qu’on n’avait rapidement plus rien eu à jouer. On a travaillé dur pour arriver là où l’on en est maintenant. Beaucoup de gens disent que c’est déjà fait, nous on sait que ce n’est pas encore mathématiquement le cas. On a onze points d’avance. Dans un autre championnat, tout le monde se dirait que le titre est acquis, mais nous, on ne veut pas l’admettre. Oui, il y a des relâchements, c’est vrai. Dans la tête, c’est dur, car on veut vraiment y arriver, on sait qu’on a le potentiel pour le faire, mais il peut y avoir des erreurs de concentration. On sait aussi qu’on peut retourner les matchs. Cela dit, on doit faire attention parce que cela ne fonctionnera pas chaque week-end.

 

Wüthrich et sa “patte” vont encore être indispensables jusqu’à la fin de la saison (© Fred Curtet)

 

Justement, contre Aarau, ça ne sera pas forcément facile…

 

C’est clair, même si on perdait 2-0 là-bas et qu’on est quand même revenus. On va prendre le match au sérieux, on ne fait pas exprès de se mettre en difficulté. C’est une saison compliquée au niveau mental, mais c’est beau à vivre parce qu’on est en train d’atteindre notre objectif. Plus vite ce sera fait, plus vite on sera contents !

 


 

La décompression vient-elle de l’entourage ?

 

Alain Geiger, vous nous disiez après Winterthour que vous compreniez qu’il puisse y avoir une baisse de concentration dans votre équipe. C’est toujours votre sentiment ?

 

Ce n’est pas tout à fait ainsi que j’ai voulu m’exprimer. Je voulais plutôt dire que c’est très différent d’être dans la peau du chasseur que du chassé, surtout lorsqu’il y a autant d’écart. Les gars ont toujours l’envie de gagner, ce n’est pas le souci. Chaque victoire nous rapproche de l’échelon supérieur donc la motivation est énorme. Maintenant, il faut arriver à gérer ce genre de situations car c’est plutôt l’entourage qui nous a déjà envoyé à un endroit où nous n’avions pas encore les points pour y être. Tant que cela ne sera pas mathématiquement fait, nous n’aurons pas terminé notre travail.

 

L’importance des remplaçants

 

Un mot sur la performance de Sally Sarr à Winterthour ?

 

Il a le problème d’être souvent l’étranger surnuméraire. Comme j’ai toujours plus d’attaquants que de défenseurs sur le banc, ça n’arrange pas ses affaires, mais j’essaie de faire appel à lui dès que j’en ai la possibilité. On a vu qu’il a fait un excellent match à Winterthour, même s’il a eu de la peine à rentrer dans la partie. J’ai beaucoup parlé avec lui pour tenter de l’aider. Il est une excellente alternative lorsqu’il nous manque quelqu’un dans l’axe.

 

“On commence avec un certain onze et on termine avec quatre remplaçants qui font le reste du travail”.

 

Avec le retour d’Alphonse, allez-vous modifier votre ligne d’attaque ?

 

Je crois que les garçons ont toujours donné le meilleur pour l’équipe. Ils ont tous subi des blessures ou des suspensions, mais sitôt que l’un n’est pas là, un autre le remplace à merveille. Cela permet d’avoir une saine concurrence. On le voit régulièrement, on commence avec un certain onze et on termine avec quatre remplaçants qui font le reste du travail. C’est aussi très important d’avoir des joueurs sur le banc qui sont prêts à changer le cours d’un match et qui ont envie de tout donner même s’ils ne débutent pas la rencontre. Pour le moment, cela fonctionne bien, tout le monde est prêt à apporter quelque chose pour aller chercher des victoires.

 

Maierhofer, ce basketteur

 

Aarau est très fort offensivement. Comment prévoyez-vous de les contenir ?

 

Il y a des très bons joueurs dans cette équipe. Dans le football, l’important c’est de toujours savoir où l’on veut se situer sur le terrain. Est-ce qu’on veut être plus haut ? Dans le camp adverse ? C’est ce dernier parti que l’on a pris depuis le début de la saison. Après, on sait qu’ils ont leurs particularités avec de bons joueurs offensifs qui ont déjà joué en Super League dans leur carrière tels que Maierhofer, Neumayr ou Schneuwly. Ils ont aussi cette spécificité d’avoir un gars de deux mètres devant qui joue comme un basketteur : ils lui mettent des ballons très haut dans le seize mètres et il essaie de les smasher dans le but. On est deux préparés à voir deux Aarau : un qui joue beaucoup plus au football sans Maierhofer et un qui lui balance des ballons lorsqu’il est présent.

 


 

La retraite ? Il n’y pense pas !

 

Alexandre Alphonse, avec votre blessure, vous semblez avoir perdu votre place de titulaire…

Je ne suis pas encore à 100% donc j’essaie déjà de reprendre gentiment le rythme, même si la saison arrive bientôt à son terme. Je veux pouvoir aider le groupe à atteindre notre objectif commun, soit la promotion. Pendant mon absence, l’équipe a bien tourné et les titulaires sont en confiance. On a un super groupe, du coup psychologiquement c’était aussi plus facile à gérer pour moi. J’ai pu me concentrer sur ma blessure sans pression. C’est toujours plus simple dans ce genre de situation. Mon but est maintenant de bien récupérer, de retrouver la forme le plus rapidement possible pour pouvoir retrouver le terrain.

 

Vous avez pu entrer une vingtaine de minutes à Winterthour. Vous voyez-vous plus comme un joker pour l’instant ?

Honnêtement, je ne me pose pas vraiment la question. Personnellement, je prends ce qui vient. L’objectif est global, c’est le collectif qui prime sur la situation personnelle de chaque joueur. Je vais déjà revenir en forme et le coach décidera ensuite.

 

Malgré votre mètre 76, vous êtes excellent de la tête. Est-ce un don de la nature ou le résultat d’un entraînement spécifique ?

C’est un peu de tout. Cela a toujours été l’un de mes points forts, que ce soit la détente ou la vitesse quand j’étais plus jeune. Je travaille bien sûr là-dessus, mais c’est un peu inné aussi.

 

Demain c’est Aarau, une rencontre avec un avant-goût de Super League. Comment voyez-vous ce match ?

Ils ont deux grosses parties à venir puisqu’ils affrontent Lausanne après nous. Pour eux, ce sera un match important, mais pour nous aussi puisque si l’on gagne, on aura fait un gros gros pas en direction de la Super League. C’est bien de jouer des rencontres comme celle-ci, avec de l’enjeu et du monde au stade. C’est pour cela qu’on joue au football. Nous avons envie de faire une grosse performance parce qu’on a toujours le 3-3 du Brügglifeld qui nous reste en travers de la gorge. Ils sont en confiance et jouent leur saison samedi. Tout est réuni pour avoir du répondant et disputer un gros match.

 

Vu votre niveau cette saison, la retraite ne doit pas faire partie de vos plans pour l’instant, non ?

Je n’y pense pas. Je n’ai qu’un seul objectif, c’est la remontée avec le club. Je me sens bien, je ne me pose donc pas encore cette question-là.