Servette se déplace du côté du Brügglifeld vendredi (dès 19h45 sur notre webradio) pour y affronter un adversaire en confiance. Privés de Séverin, Schalk et Kone, les Grenat vont devoir trouver des solutions pour ce qui s’apparente à un match de la dernière chance pour les Argoviens.

 

Ambiance légère dans la zone mixte du Stade de Genève pour le traditionnel point presse d’avant match. La victoire à Kriens semble avoir permis à tout le monde de souffler quelque peu et l’on retrouve petit-à-petit l’atmosphère qui régnait cet automne dans les travées de la Praille. Nous avons pu nous entretenir avec Daniel Follonier, Andrea Maccoppi et l’entraîneur Alain Geiger avant ce périlleux déplacement à Aarau. Ces interviews ont été réalisées en collaboration avec Blaise Bugyil (Radio Lac) et Marc Schweizer (Tribune Nord), dont les questions sont mentionnées comme telles.

 


 

Follonier a terminé sa mue

 

Daniel Follonier, vous avez disputé quasiment l’intégralité de la rencontre à Kriens. C’est la première fois depuis bien longtemps. Comment vous êtes-vous senti ?

 

C’est vrai que cela faisait un moment que je n’avais plus enchaîné autant de minutes, mais je me suis mis directement dedans. J’ai profité de la bonne dynamique de l’équipe, même si nous n’avons pas fait une première mi-temps exceptionnelle. Pour ma part, j’ai essayé d’aider l’équipe, d’abord sur le repli défensif, un aspect sur lequel le coach a beaucoup insisté, puis pour apporter des centres et du poids offensivement. Je me suis senti vraiment bien. A la fin du match, c’est sûr que j’étais un peu fatigué, mais j’ai bien récupéré pour ce match à Aarau.

 

Milieu gauche, un poste à découvrir…

 

On vous a beaucoup vu discuter avec Iapichino et Routis après votre entrée en jeu. Que vous disiez-vous ?

 

Ils m’expliquaient comment ils voulaient que je défende. Avec certains adversaires, on doit plutôt fermer l’intérieur ou l’extérieur en fonction d’eux, du coup le coach et mes coéquipiers m’ont détaillé comment nous devions fermer l’intérieur et les laisser aller plutôt sur l’extérieur. Ils m’ont également encouragé à avoir confiance en moi et à jouer simple au début pour pouvoir monter en puissance au fur et à mesure du match.

 

“Ma place ici est à gauche et je ne pense même pas à jouer de l’autre côté”

 

Vous avez aussi beaucoup débordé et centré. Etiez-vous à l’aise avec ce rôle où vous auriez préféré jouer de l’autre côté pour pouvoir repiquer dans l’axe ?

 

Depuis le début de ma carrière, c’est vrai que j’ai plus joué à droite. En arrivant ici, nous avons discuté avec le coach et il me voyait plutôt comme un joueur pour le couloir gauche. Je me suis fait à l’idée et je m’entraîne pour m’améliorer à ce poste. Pour moi, ma place ici est à gauche et je ne pense même pas à jouer de l’autre côté. Je comprends aussi ce choix parce qu’avec les attaquants que l’on a, si on met des bons centres et qu’il y a du monde dans les seize mètres, ça peut faire très mal.

 

… Et plus si affinités

 

(BB) Du coup, quel est votre pied le plus fort ?

 

C’est clairement le pied gauche. Après, sur ce côté-là, je rentre moins à l’intérieur et ce n’est peut-être pas plus mal, comme ça je laisse de la place aux milieux de terrain et notamment à Cognat qui aime bien se porter à l’offensive. Si je reste sur le côté, ça l’aide, comme ça aide également Wüthrich et les attaquants donc c’est assez complémentaire. Il faut maintenant que j’arrive à trouver une bonne qualité de centre histoire qu’on soit encore plus tranchants dans les derniers mètres.

 

“Iapichino est un joueur qui me correspond bien”

 

(BB) Vous étiez associé à Iapichino à Kriens. Pensez-vous que vous pourriez former un bon duo pour la suite du championnat ?

 

Franchement, c’est un joueur qui me correspond bien parce qu’il est offensif. Il me parle beaucoup également, ce qui m’aide dans le placement défensif. Offensivement, il m’apporte beaucoup de solutions, ce qui déstabilise passablement l’adversaire, mais c’est à double tranchant parce qu’on doit vite revenir défendre également. Je pense qu’on est assez complémentaires, mais il faut encore travailler à l’entraînement parce que, comme il vient d’arriver, il faut encore se trouver, mais ça peut être pas mal pour la suite.

 

Follonier, Maccoppi et Chagas auront tous un rôle important à jouer à Aarau (© Fred Curtet)

 

La Challenge League, ce monde à part

 

Vous êtes prêté par Lucerne. Comment est-ce que Kriens est perçu là-bas alors que c’est devenu une sorte de club-ferme ?

 

Je sais qu’il y a une grande rivalité entre les deux même si beaucoup de jeunes y sont prêtés. On sait comment sont les Suisse-allemands, surtout en Suisse centrale, c’est des combattants. C’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup d’étrangers ou de joueurs extérieurs, c’est une équipe très familiale.

 

(MS) Vous êtes venus vous relancer en Challenge League. Comment analysez-vous votre début de saison ?

 

Niveau temps de jeu, j’aurais aimé avoir un peu plus, c’est vrai. Mais j’ai aussi bien vu que la dynamique était bonne sur les derniers matchs de l’automne et que c’était difficile pour le coach de changer une équipe qui gagnait. Après, au niveau des statistiques, je suis assez content, je pense que je suis sur le bon chemin. J’espère maintenant que cela continue sur cette voie-là et que j’aurai du temps de jeu.

 

Battre Aarau, c’est possible malgré Neumayr et Meierhofer

 

(MS) Que vous inspire la bonne forme d’Aarau ?

Ils se sont bien renforcés, l’arrivée de Neumayr leur fait beaucoup de bien. Au premier tour, ils se cherchaient beaucoup, notamment au niveau du système qui a souvent changé. Maintenant, je pense que c’est une bonne équipe avec de très bons joueurs et quelques individualités. Cela ne sera pas facile d’aller là-bas, mais il ne faut pas que l’on ait peur non plus. Nous sommes une bonne équipe, nous l’avons prouvé à maintes reprises. A nous d’être confiants et de ne pas faire d’Aarau une montagne.

 

(BB) Si vous deviez ressortir un point fort d’Aarau, lequel serait-il ?

 

Je pense que c’est leur jeu long en direction de Maierhofer pour qu’il dévie ensuite. C’est leur schéma principal, surtout avec Obexer qui est dangereux. On a travaillé toute cette semaine pour contrer tout cela. On est prêts, à nous de montrer ce qu’on vaut sur leur terrain.

 

“Aarau, c’est une équipe à qui on peut faire du mal si on est concentrés de la première à la dernière minute”

 

(BB) Et quel point faible pourriez-vous exploiter ?

 

Je pense avant tout au jeu sur les côtés. Si l’on arrive à adresser de bons centres, on devrait pouvoir en profiter. Après, je sais qu’il y a également de l’espace entre les lignes donc c’est deux domaines qui nous correspondent plutôt bien, avec Wüthrich qui apprécie ce genre d’espaces pour faire des appels. C’est une équipe à qui on peut faire du mal si on est concentrés de la première à la dernière minute.

 


 

Geiger veut une échelle pour Aarau. Pour s’assurer de monter à l’échelon supérieur?

 

Alain Geiger, avez-vous senti cette semaine à l’entraînement que cette victoire à Kriens a fait du bien à votre équipe ?

 

Oui, elle a fait du bien. Chaque victoire apporte son lot d’envie, de motivation, d’enthousiasme et de camaraderie. C’était déjà le cas en 2018, chaque fois que l’on gagnait des matchs, cela nous donnait de la force. On a senti cette semaine des joueurs agréablement inspirés aux entraînements. Naturellement, le seul remède pour un entraîneur, c’est de gagner des matchs. Quand on gagne, tout va bien, mais il faut continuer à travailler sérieusement. Aarau, c’est un match au sommet, même si ce n’est pas le cas pour l’instant au classement, ils ont la capacité d’être dans le trio de tête. Il nous faut aller chercher une victoire à l’extérieur face à un adversaire qui est redoutable ces temps chez lui.

 

On a vu l’équipe très solidaire autour de Cognat lorsqu’il a marqué son but à Kriens. Vous devez être satisfait qu’il soit encore plus en confiance avant un tel match ?

 

Oui, mais Cognat est un relayeur, il ne faut pas non plus qu’il oublie son rôle. Il n’empêche, dans l’enchaînement de son but à Kriens, il a beaucoup marqué à l’entraînement cette semaine. C’était intéressant pour nous de voir qu’il était en forme et qu’il a continué sur sa lancée.

 

“Dans l’enchainement de son but à Kriens, Cognat a beaucoup marqué à l’entraînement cette semaine”

 

Cette célébration collective, c’était parce qu’on l’a beaucoup chambré sur les 18 premiers matchs. Il a eu des possibilités de marquer des buts, ça n’est jamais rentré, du coup on lui demandait souvent quand est-ce qu’il allait se décider à ouvrir son compteur. C’est arrivé à Kriens et tout le monde était vraiment très content pour lui.

 

Iapichino sera titulaire

 

Vous faites face à plusieurs absences pour le déplacement à Aarau, notamment celle de Séverin. Est-ce que vous pensez reconduire le duo Iapichino-Follonier qui a bien fonctionné le week-end dernier ?

 

Je n’ai pas encore véritablement arrêté mon équipe pour ce match. Iapichino est venu pour épauler le côté gauche en cas de blessure de Séverin. Ce dernier n’est pas disponible, c’est donc lui qui va jouer comme latéral gauche. Pour le reste, j’attends encore l’entraînement de jeudi après-midi et notamment de discuter avec Alphonse pour connaître sa situation physique. A partir de là, j’aurai tout mon temps pour réfléchir à l’équipe que je vais proposer face à Aarau.

 

“Je dois être cohérent: si je déclare qu’on a besoin de tout le monde, je dois aussi leur donner leur chance à un moment donné”

 

Follonier a semblé plus à l’aise sur le côté gauche que ce qu’il avait pu montrer à droite en début de saison. Est-ce une satisfaction pour vous ?

 

Oui, c’est très bien. J’ai toujours dit qu’on aurait besoin de tout le monde et ce sera le cas, tout le monde va participer à un moment donné. Aujourd’hui plus que jamais, ces garçons ont de la fraicheur et à cœur de se battre pour montrer ce qu’ils sont capables de faire. Je ne dois pas négliger cela non plus. Je dois être cohérent: si je déclare qu’on a besoin de tout le monde, je dois aussi leur donner leur chance à un moment donné, comme cela a été le cas par exemple à Kriens avec Follonier.

 

(MS) Avec les blessures de Kone et de Schalk, quelles solutions reste-il en attaque ?

 

On a Alphonse, Chagas et Duah qui sont des joueurs d’axe, même si ce dernier peut également jouer sur les côtés. Toutes les équipes jouent avec un attaquant donc j’ai encore des possibilités. A moi de bien réfléchir pour voir l’état de santé des attaquants qu’il reste et de sentir la meilleure opportunité pour former mon onze vendredi soir.

 

Contrer Aarau, un défi de taille

 

(BB) En quoi est-ce qu’Aarau va être redoutable ?

 

Aarau n’est plus l’équipe timide du début de saison, c’est une équipe agressive qui joue vers l’avant. Ils vont attaquer, c’est sûr. J’ai entraîné là-bas il y a une quinzaine d’années, je connais l’histoire de ce club, ça a toujours foncé à la maison. Ils vont nous mettre sous pression et vouloir gagner ce match. La partie sera un combat. Il y a de très bons acteurs des deux côtés du terrain, on verra donc sûrement un joli match de football, mais ils vont venir très fort.

 

(BB) Contrôler la tour Maierhofer, ça sera essentiel ?

 

J’hésite encore à passer chez les pompiers genevois avant de partir pour leur emprunter une double-échelle… (rires) Plus sérieusement, il faudra peut-être plus faire attention sur les deuxièmes ballons. Il est tellement imposant que cela ne sera pas évident d’aller gagner directement le premier duel. Il dévie souvent les ballons, du coup j’ai demandé à Frick de faire un gros travail d’abattage dans les seize mètres pour aller chercher les ballons aériens. C’est le seul qui peut vraiment alléger le boulot de notre défense. Il aura donc une tâche particulière de volleyer ces longs centres en direction de Maierhofer.

 


 

Maccoppi est prêt à livrer un gros combat à Aarau

 

Andrea Maccoppi, vous avez disputé un très bon match à Kriens, c’est aussi votre sentiment ?

Oui, je pense, en tout cas j’ai eu la même sensation. Je pense que c’était l’un des meilleurs matchs que j’ai disputé avec Servette.

 

Vous avez beaucoup joué depuis début 2019. Pourquoi, selon vous ?

J’ai beaucoup joué pendant la préparation hivernale, peut-être que cela m’a permis de marquer des points aux yeux de l’entraîneur. Maintenant je me sens bien, je suis content.

 

(MS) Comment appréhendez-vous ce déplacement à Aarau et la prochaine réception de Schaffhouse ?

C’est vrai que les prochaines rencontres vont être importantes car il y a des confrontations directes entre les équipes du haut de classement. Ces trois prochaines semaines vont être cruciales pour le championnat.

 

(MS) Est-ce que la machine est enfin relancée avec cette victoire ?

Je l’espère. J’avais déjà eu la sensation après la première mi-temps contre Wil que l’on devait mener deux ou trois à zéro à la pause. On avait montré des signaux positifs. Contre Kriens, on a réussi à marquer juste avant la pause, ça nous a permis de regagner la confiance qui nous manquait.

 

(BB) Est-ce que c’est la réussite qui vous manquait ou est-ce qu’il s’est passé quelque chose entre les deux matchs ?

Je pense qu’on devait simplement retourner aux bases. On a joué plus compact, ce qu’on n’a pas forcément fait lors des derniers matchs. Quand tu recommences le championnat après deux mois de pause, c’est toujours un peu différent. On s’est certes beaucoup entraînés, mais la compétition, c’est autre chose. Espérons que ce retour à la simplicité nous permette à nouveau d’enchaîner une série positive.

 

(BB) Aarau, c’est quatre victoires en cinq matchs. L’équipe est-elle plus forte qu’au premier tour ?

Oui, pour moi c’est l’équipe la plus dangereuse actuellement, surtout vu les joueurs qu’ils ont. Ils ont engagé Neumayr, je le connais très bien, c’est un super joueur pour la Challenge League, il a même le potentiel pour jouer en Super League. Pour eux, c’est l’une des dernières chances de rattraper les équipes de têtes. Ce match sera super super difficile.

 

(BB) Quelles sont les armes du FC Aarau qui pourraient vous poser des problèmes ?

Leur jeu physique. Ils ont des gars vraiment costauds comme Maierhofer ou Schneuwly. Au milieu du terrain, avec Jäckle et Zverotic, ils auront également beaucoup d’impact physique. Les 15-20 premières minutes seront très difficiles. Avec le soutien de leur public, ils vont essayer de profiter de cette dynamique et tenter de faire peur à Servette. Nous devrons rester calmes et concentrés comme on l’a fait à Kriens, jouer avec la tête et pas avec les émotions.

 

(BB) Quelles sont, selon vous, les difficultés qui attendent Servette sur le chemin de la promotion ?

Cette saison, il y a des équipes comme Lausanne ou Aarau qui ont un niveau élevé pour la Challenge League, ce qui rend le championnat plus difficile que les autres années. Comme je l’ai dit, les prochains matchs jusqu’à la pause vont être extrêmement importants. Après cette coupure, nous jouerons contre Rapperswil, Winterthour et Lausanne. Si nous faisons le travail d’ici-là, nous pourrons aborder ces rencontres-clés avec une optique positive, ce qui serait l’idéal.