Match décisif à la Praille ce soir. Si Servette obtient au moins le point du match nul, il sera en Super League l’année prochaine et pourra fêter la promotion avec le très nombreux public annoncé.

 

Ambiance des grands jours hier lors du point presse hebdomadaire. Télévisions, radios, journaux, sites internet, tout le monde s’arrache le capitaine Anthony Sauthier et le vice-capitaine Christopher Routis. Avec toute leur expérience, ils tentent comme ils le peuvent de rappeler que Servette n’est pas encore en Super League et que Lausanne sera déterminé à gâcher la fête. On les comprend. Malgré tout, on sent dans leurs voix la même excitation que chez tous les supporters servettiens depuis quelques jours. Au fond d’eux, ils savent pertinemment que s’ils font le travail correctement, comme ils l’ont si souvent fait cette saison, ce vendredi 10 mai restera gravé à jamais dans leurs mémoires. Mais avant cela, il y a nonante minutes de football à disputer. C’est d’ailleurs ce que leur a constamment rappelé Alain Geiger, lui qui avait offert une Coupe de Suisse aux Genevois face à ce même adversaire en 1984.

 

Nous avons tout de même réussi à tendre notre micro à ces trois personnalités qui auront immanquablement marqué l’histoire du SFC chacun à leur manière. Comme d’habitude, nos interviews ont été réalisés en collaboration avec Blaise Bugyil (Radio Lac). Un article co-signé cette semaine par Thomas Zinguinian et Bastien Trottet.

 


 

Routis n’oublie pas les dirigeants

 

(BB) Christopher Routis, ce vendredi 10 mai 2019 doit vous rappeler un certain 31 mai 2011. Dans l’approche du match, qu’est-ce qui est différent ou semblable ?

 

Aujourd’hui c’est complètement différent au niveau du contexte. À l’époque, c’était quitte ou double alors que demain, le championnat ne sera quoi qu’il arrive pas terminé après le match. Cependant, on va tout essayer pour que cela se passe comme on le souhaite et remplir notre objectif de promotion dès ce soir. Ce qui compte, c’est d’être champion à la fin, mais c’est sûr qu’il n’y aura rien de plus beau que de le devenir face à Lausanne ce soir. C’est ce qu’on a tous en tête, on s’est préparés cette semaine dans cette optique.

 

Pour être honnête, cela fait longtemps qu’on rêve d’un épilogue pareil. On regardait souvent les points d’écart entre Lausanne et nous afin de savoir si ce derby allait être décisif. On espère qu’il y aura la foule des grands soirs, comme contre Bellinzone, et on espère ne pas gâcher la fête. En tout cas, ce qui est sûr, c’est que l’on va tout faire pour gagner ce match.

 

Une équipe soudée… comme en 2011

 

(BB) Y’a t-il des ressemblances entre l’équipe de cette fameuse saison 2010-2011 et cette saison 2018-2019 ?

 

Il y a beaucoup de similitudes. Vous avez certainement dû vous rendre compte que cette année, on a un groupe qui vit très bien, qui est très soudé. C’est certainement l’une des raisons qui construit notre réussite cette année. On a eu quelques mauvais moments en début de saison mais dans ces mauvais moments, on a été soutenus par tout le club, notamment le Président qui a su trouver les mots sans nous mettre trop de pression. Il est souvent venu nous encourager aux entraînements, ici au stade ou à Balexert pour nous tenir des discours avec toujours les bons mots aux bons moments.

 

Un groupe soudé qui veut revivre les émotions du 3 avril dernier (© Bastien Gallay)

 

Pour revenir aux différences, il y avait à l’époque un peu plus de folie étant donné que l’on revenait de loin et que personne ne nous attendait au tournant. Pour la plupart des gens, on était morts mais on avait cru en nous et on était revenu de nulle part. Sur ce point, c’est donc un peu différent mais globalement, c’est vrai qu’il y a beaucoup de ressemblances.

 

“On va aborder ce match à 1000%”

 

(BB) Cette sérénité est clairement un avantage pour ce match, non?

 

Oui c’est clair. Nous, on va aborder ce match à 1000%. On pourra toujours se dire qu’il ne nous manque qu’un seul point pour remporter le titre, ça nous apporte donc cette sérénité. On veut absolument y parvenir ce soir mais on sait qu’au pire des cas, il nous restera trois rencontres derrière pour finir le travail. On aura de la pression c’est évident mais je pense sincèrement qu’elle est plus forte du côté de Lausanne. En tout cas, ce sera un beau match avec un beau spectacle.

 

Servette est une grande famille

 

(BB) Vous avez mentionné la présence des dirigeants. Quelle est leur part de mérite dans ce probable promotion ?

 

Personnellement, j’avais beaucoup aimé les mots du président. Comme je l’ai dit, dans notre période difficile avec ces deux défaites et ces trois matchs nuls, le président a fait l’effort de venir les veilles de match pour nous soutenir alors qu’il avait beaucoup de travail de son côté. À chaque fois, il avait les bons mots pour nous dire de ne rien lâcher, qu’il ne fallait pas baisser les bras étant donné que cette saison, il y avait la possibilité de disputer un barrage si tout ne se passait pas comme prévu. Il nous répétait sans cesse qu’il croyait en nous et cela nous a beaucoup aidé. 

 

“S’il doit y avoir un héros, tant mieux pour lui, mais c’est l’équipe qui prime”

 

Chaque promotion a son héros. En 2011, c’était Baumann. À Schaffhouse la semaine dernière, vous tirez sur la latte. Est-ce que Christopher Routis peut être le héros de la promotion cette année ?

 

C’est vrai que sur les derniers matchs, je n’ai pas beaucoup de réussite avec un sauvetage sur la ligne d’un défenseur d’Aarau puis la barre la semaine dernière à Schaffhouse. Je me fais gentiment chambrer parce que ça ne veut pas rentrer et c’est sûr que ça me ferait extrêmement plaisir d’être le héros cette fois mais honnêtement, peu importe. Vous savez, si l’on fait 0-0 demain, on sera quand même champion même sans marquer de but. Et si l’on venait à marquer, j’aimerais bien que ce soit les attaquants qui marquent ou éventuellement Cognat, qu’on a pas mal chambré tout au long de l’année. S’il doit y avoir un héros, tant mieux pour lui, mais c’est l’équipe qui prime, surtout que l’on sait que dans cette équipe, si l’on peut faire la passe on la fera. On n’a pas la prétention d’avoir un Messi ou un Ronaldo pour faire la différence à lui tout seul. C’est l’équipe qui fait le travail et ce depuis le début de la saison.

 


 

“Faire le travail, jouer notre jeu, aller vers l’avant et se lâcher complètement”

 

(BB) Alain Geiger, cette fois on peut le dire, Servette est à bout touchant. Est-ce que cela met une forme de pression supplémentaire à votre équipe ?

 

Non, je pense qu’il faut se focaliser sur le jeu, faire ce qu’on a toujours su faire. Il n’y a aucune raison de ne pas y arriver cette fois-ci. C’est vrai que c’est un match particulier, on sait qu’en le gagnant, on sera champions. Parallèlement, il y a un derby, une rivalité qui vit. C’est un peu un double match. Ce doit être une fête aussi pour nous parce qu’on est en situation favorable, pas uniquement en ballotage. On est dans une super position. C’est quelque chose qu’on a pu construire tout au long de la saison. Aujourd’hui, il s’agit simplement de faire le travail, de jouer notre jeu, aller vers l’avant et se lâcher complètement pour réussir ce match, naturellement avec l’objectif d’être champion à la fin.

 

Retour sur le chemin parcouru

 

(BB) Est-ce qu’en arrivant cet été, vivre une finale face à Lausanne en fin de saison, était-ce quelque chose dont vous rêviez ou c’était trop éloigné ?

 

C’était quelque chose de très éloigné. On sortait d’une saison difficile, il fallait reconstruire quelque chose, un peu comme devait le faire Lausanne d’ailleurs. Les dirigeants ont très bien réagi, ils savaient exactement où ils voulaient aller. Ils ont libéré des joueurs qui n’avaient plus la capacité d’emmener Servette vers le haut et les ont remplacé par des gars qui avaient quelque chose à démontrer et qui pouvaient amener le club dans le trio de tête.

 

On avait aussi la chance de débuter un championnat « rénové » avec le retour de cette place de barragiste. On a su saisir nos opportunités, le groupe a su se montrer solide et trouver son assise. Les gars ont bien carburé, ils ont toujours été très volontaires. Je crois que c’est cette volonté de créer cette ambiance et cette envie qui nous a permis d’être à l’aise aujourd’hui à quatre journées de la fin.

 

“Il ne faut pas oublier qu’à la fin, le résultat est très important”

 

Il reste toujours à faire ce point. C’est clair que c’est un peu angoissant et stressant. De leur côté, ils sont aussi sous pression parce que ça chasse derrière. L’enjeu est terrible pour eux. On est en bonne position pour se libérer et pratiquer un beau football, mais il ne faut pas oublier qu’à la fin, le résultat est très important.

 

“Ça fait depuis le début de la saison qu’on entend qu’ils veulent nous passer devant. On attend toujours.”

 

(BB) Est-ce que cela vous donne un avantage psychologique de savoir que votre adversaire a encore plus de pression que vous ?

 

Je crois oui. On entend toujours qu’ils veulent nous passer devant. Ça fait depuis le début de la saison qu’on l’entend et on attend toujours. De notre côté, on n’a rien dit. Pour finir, on va en débattre les yeux dans les yeux ce soir dans un match où l’on a mérité d’être dans cette situation. On verra ce qu’il va se passer. Moi, je suis très confiant envers mon équipe. Je sais qu’il y a un fort élan derrière eux. Nous n’avons pas voulu nous mettre dans cette position de favori, c’est Lausanne qui devait l’être car ils ont fait trois ans de Super League et ont de gros moyens financiers. Nous étions l’outsider et nous avons très bien rempli ce rôle qui nous convient bien. C’est grâce à cela que l’on peut progresser. On sera à l’aise pour jouer malgré le fait que ce match a un gros enjeu pour les deux équipes.

 

(BB) Sur le plan du jeu, est-ce que vous avez effectué certains visionnages spécifiques ?

 

On se concentre beaucoup sur nous, comme d’habitude. On va faire un petit travail tout à l’heure (jeudi après-midi, ndlr) à l’entrainement pour préparer l’adversaire. Mais finalement, c’est la quatrième fois qu’on les affronte, on sait bientôt tout d’eux et inversement. Le match ne va pas se jouer sur la connaissance tactique mais sur l’envie et la force mentale. L’objectif du titre nous donne énormément de force pour aller chercher la victoire.

 


 

Pour Sauthier, c’est un rêve qui se réalise

 

(BB) Anthony Sauthier, voilà six ans que vous êtes de retour au Servette FC. Que retenez-vous de ces longues saisons ?

 

Beaucoup de moments, mais ce serait trop long à détailler maintenant ! (rires) Déjà, le fait que j’ai toujours voulu vivre ce moment. C’est exactement pour cela que je suis revenu, pour pouvoir vivre la promotion avec ce club. Il y a eu beaucoup de hauts, mais aussi beaucoup de bas. Aujourd’hui, j’essaie de ne pas trop regarder en arrière parce que ça fait toujours mal de repenser aux mauvais souvenirs. Je prends l’instant présent et c’est magnifique ce qui est en train de se passer au club et dans le canton de Genève. Pour moi, c’est un rêve qui peut se réaliser dans les semaines à venir. Jamais je n’aurais pu imaginer quand, petit, j’allais supporter Servette aux Charmilles qu’un jour je serais le capitaine de l’équipe qui serait promue en Super League.

 

“S’il y a un héros, c’est l’équipe”

 

Maintenant, c’est à nous de faire le boulot sur le terrain. Il ne faudrait surtout pas que l’enjeu prenne le pas sur le jeu, on risquerait de se mettre une mauvaise pression et de s’énerver. Il faut continuer à jouer notre jeu comme on l’a fait jusqu’à maintenant, ça nous a toujours réussi. Ils ont leur contexte, on a le notre. On ne s’occupe pas d’eux.

 

L’importance des remplaçants

 

(BB) S’il y a un facteur qui ressort du lot cette saison, lequel est-ce ?

 

Je ne sais pas s’il y en a un particulièrement, mais j’ai envie de citer la qualité des remplaçants. Ils ont fait un travail admirable, ils ont eu la mentalité qu’il faut. Je prends toujours l’exemple de Mychell Chagas, qui est énervé de ne pas jouer plus. C’est normal et je le comprends tout à fait mais voilà, son rôle, c’est joker et à chaque fois qu’il rentre il marque des buts. Tous les remplaçants ont fait un immense boulot et je suis très content de ça. Je citerais également la cohésion de groupe. Il n’y a pas de clan. Le Servette est une grande famille cette saison et je pense qu’on l’a démontré par rapport aux précédentes.

 

“On a bien discuté entre nous pour trouver comment s’écrivait le mot promotion…”

 

On remarque tout de même une modification dans votre discours puisque maintenant le terme de « promotion » ne semble plus être tabou…

 

Effectivement, on a bien discuté entre nous pour trouver comment ça s’écrivait… (rires) Plus sérieusement, nous ne sommes plus qu’à un petit point, je ne sais pas si c’est le plus dur comme au tennis, mais toujours est-il qu’il reste ce petit point. Forcément, on en veut trois contre Lausanne, on veut gagner, comme tous les matchs. On y croit dur comme fer parce que c’est bientôt fini.

 

Imaginons un scénario de folie…

 

Chaque promotion a son héros. En 2011, c’était Baumann. Est-ce qu’en 2019, cela pourrait être Anthony Sauthier pour ouvrir le score à la 92e d’une frappe à 40 mètres ?

 

A quarante mètres, c’est encore gentil, d’habitude c’est plutôt 45 mètres ! (rires) Non, franchement, je pense que s’il y a un héros, c’est l’équipe. Je pense toujours à l’équipe. Si on gagne mais que je ne marque pas, que je ne fais pas de passe décisive et que je fais un mauvais match, ça passera de toute façon au second plan. D’abord, il faut gagner. Mais je penserai à vous quand j’aurai le ballon à 40 mètres, je tenterai de frapper à la 92e…

 


Geiger fait le point sur l’effectif

 

(BB) Au niveau des absents, qu’en est-il ?

Pour Lang et Severin, c’est des blessures de longue date qui sont connues. On a un petit souci avec Schalk qui est touché aux adducteurs. On attend vendredi matin et la visite médicale pour savoir si la douleur est tenace ou pas, mais on veut éviter de prendre des risques.

 

On sait que Kone avait passé tout le retour de Schaffhouse avec de la glace sur la cheville. Qu’en est-il ?

C’est un coup, un choc, rien de plus. Ça fait mal quelques jours et ça s’estompe. C’est normal pour un footballeur, on a toujours mal quelque part quand on entre sur un terrain. Quand c’est osseux, ligamentaire ou musculaire, c’est plus compliqué, mais là ce n’est pas un problème, il a bien pu s’entraîner.

 

Et pour Wüthrich ?

Il va nous donner la réponse tout à l’heure à l’entrainement. On attend de voir s’il peut faire une heure à plein pot, mais aussi sa réaction du lendemain au réveil pour voir si c’est douloureux ou pas. Je saurai vendredi vers 10-11 heures s’il peut participer au match ou pas.